Ce qui s'est passé
Bloomberg, citant des traders, a rapporté qu'en mars les acheteurs asiatiques ont commandé environ 60 millions de barils de pétrole américain à chargement en avril — un record mensuel depuis avril 2023. À titre de comparaison : en janvier et février, les pays asiatiques achetaient environ 35 millions de barils par mois, selon les données de Kpler et Vortexa.
« Les acheteurs asiatiques ont acheté en mars la plus grande quantité de pétrole américain depuis trois ans. »
— Bloomberg (d'après des traders)
Les raisons de la réorientation
Le principal moteur est la perturbation des approvisionnements traditionnels en provenance de la région du Golfe Persique après l'escalade au Moyen-Orient, qui a de fait compliqué la navigation des pétroliers via le détroit d'Ormuz. Dans ces conditions, les acheteurs cherchent des alternatives — et les États-Unis, en tant que premier producteur, sont devenus une source évidente de volumes d'urgence.
Qui a acheté et à quel prix
Parmi les acheteurs en mars figuraient des raffineries du Japon, de la Corée du Sud, de Taïwan, de Singapour et de Thaïlande. L'une des cargaisons pour Taïwan comportait une prime d'environ 12–13 $ par baril par rapport au Brent ; d'autres cargaisons étaient évaluées à environ 18 $ de plus par baril par rapport au marché de Dubaï. Par ailleurs, de fortes fluctuations des prix compliquent la fixation précise des tarifs cette semaine.
Logistique et décalage temporel
Détail important : le pétrole chargé en avril ne peut atteindre l'Asie qu'en environ deux mois. Ainsi, ce transfert rapide des flux n'apporte pas de solution instantanée au déficit ni à une baisse brusque des prix — l'effet sera différé dans le temps.
« En 2025, en moyenne 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers par jour transitaient par le détroit d'Ormuz — soit environ 25 % du commerce pétrolier maritime mondial. »
— Agence internationale de l'énergie (AIE)
À qui cela profite et quels sont les risques
La situation profite aux exportateurs américains : la demande accrue soutient les prix et les recettes à l'exportation. Dans le même temps, cela met en lumière la vulnérabilité des voies logistiques mondiales : si les perturbations dans le détroit d'Ormuz persistent, les régions dépendantes des approvisionnements maritimes en provenance du Golfe seront contraintes de chercher des alternatives coûteuses et lointaines.
Qu'est-ce que cela signifie pour l'Ukraine
L'augmentation des prix des ressources énergétiques liée au réalignement des flux se reflète également sur le marché ukrainien des carburants : LIGA.net a déjà expliqué pourquoi les prix des carburants ont fortement augmenté dans le pays et quels risques de pénurie existent. Pour l'Ukraine, deux conclusions pratiques sont importantes : premièrement, il ne faut pas s'attendre à un soulagement à court terme en raison du décalage logistique ; deuxièmement, il est stratégique de diversifier les sources d'approvisionnement et de renforcer les corridors de transport afin de réduire l'impact des chocs externes sur le marché intérieur.
Conclusion
La demande soudaine de l'Asie pour le pétrole américain est le symptôme d'un problème plus vaste de sécurité énergétique mondiale, et non un phénomène isolé. Pour l'Ukraine, c'est un signal de plus : face aux chocs externes, il faut renforcer la résilience énergétique — des stocks et de la logistique aux accords diplomatiques avec les fournisseurs. La balle est désormais dans le camp de ceux qui peuvent transformer des déclarations en contrats à long terme et en chaînes d'approvisionnement fiables.
Sources : Bloomberg, Kpler, Vortexa, Agence internationale de l'énergie (AIE), analyse de LIGA.net.