En bref
Alors que le débat public est dominé par les grands noms et les chiffres, cette démarche de Rheinmetall n'est pas qu'un simple accord de construction navale. Il s'agit d'une expansion stratégique qui impacte les chaînes d'approvisionnement, les capacités industrielles dans l'UE et la capacité à soutenir matériellement l'Ukraine — des munitions aux blindés.
Ce qui s'est passé
Selon Reuters, le groupe allemand de défense Rheinmetall a accepté d'acquérir la division des navires militaires Luerssen pour 1,35 milliard d'euros. Le directeur général du groupe, Armin Papperger, l'a annoncé lors d'une conférence Handelsblatt à Berlin. L'opération attend l'approbation des autorités européennes de la concurrence — le groupe espère une décision d'ici la fin janvier.
Rheinmetall estime que l'Allemagne pourrait dépenser environ 31 milliards d'euros pour des navires de guerre d'ici 2035 — un incitatif évident pour entrer sur le marché maritime. Des sources sectorielles évoquent également l'intérêt de Rheinmetall pour le chantier naval German Naval Yards Kiel, actuellement convoité par le constructeur TKMS.
"Nous sommes entrés dans le secteur naval et, évidemment, nous souhaitons croître. Et si nous voyons de bonnes opportunités, nous cherchons aussi à croître par des acquisitions"
— Armin Papperger, directeur général de Rheinmetall
Lien avec l'Ukraine
Cette opération est importante non seulement pour la construction navale allemande. Les communiqués et commentaires du groupe mentionnent déjà des éléments clés pour l'Ukraine : Rheinmetall a obtenu un terrain pour une usine de munitions en Ukraine et est prête à lancer la construction, et prévoit également de livrer à l'Ukraine les premiers véhicules de combat d'infanterie Lynx KF41 au début de 2026. C'est un signal direct de diversification des chaînes de production et de volonté d'investir dans des capacités régionales.
Les analystes soulignent la logique : l'intégration des compétences terrestres, aériennes et désormais maritimes au sein d'un grand fournisseur européen permet de mieux coordonner la production et la logistique — des coques de navires aux munitions et aux blindés. Pour l'Ukraine, cela signifie une possible accélération et stabilisation des livraisons, ainsi que la localisation de la production, réduisant la dépendance à des chaînes d'approvisionnement lointaines.
Risques et interrogations
La concentration de grands actifs entre les mains d'un seul groupe augmente l'efficacité, mais soulève des questions de concurrence et de contrôle. La décision des autorités antitrust pourrait modifier le format final de l'accord. Par ailleurs, la rapidité de mise en œuvre des projets en Ukraine dépendra du financement, de la sécurité du site et de la logistique en contexte de guerre.
Conclusion
Cet achat est plus qu'une transaction commerciale : c'est un signe de redistribution des capacités industrielles en Europe, qui peut concrètement renforcer la défense de l'Ukraine. La question clé : ces accords se transformeront-ils en un soutien réel et quotidien — production à l'intérieur de l'Ukraine et livraisons stables de blindés et de munitions — et à quelle vitesse cela se produira-t-il ?