Les États-Unis envisagent d'autoriser la vente du pétrole russe déjà en mer — que signifie cela pour l'Ukraine ?

Un responsable du Trésor américain a évoqué la possibilité d'accorder de nouvelles autorisations pour les livraisons par pétroliers en provenance de la Russie afin d'atténuer le choc sur les marchés après les frappes visant l'Iran. Nous analysons les risques pour la sécurité et l'économie ukrainiennes.

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Скотт Бессент (Фото: WILL OLIVER / EPA)

Ce qui s'est passé

Dans une interview accordée à Fox Business, le représentant du département du Trésor des États‑Unis, Scott Bessent, a indiqué que l'administration envisageait d'autoriser l'achat de pétrole russe déjà chargé sur des tankers et en mer. Il s'agit d'une suite logique à la décision du 5 mars, lorsque les États‑Unis ont effectivement permis à certains partenaires (notamment l'Inde) d'accepter des livraisons qui étaient sous sanctions, afin d'atténuer la pénurie temporaire sur le marché pétrolier après l'opération des États‑Unis et d'Israël contre l'Iran.

« Nous leur avons demandé d'arrêter d'acheter du pétrole russe visé par des sanctions cet automne. Ils l'ont fait... Pour atténuer le déficit temporaire de pétrole dans le monde, nous leur avons autorisé à accepter du pétrole russe. Nous pouvons lever les sanctions sur d'autres cargaisons de pétrole russe. »

— Scott Bessent, représentant du département du Trésor des États‑Unis (interview sur Fox Business)

Pourquoi cela compte pour l'Ukraine

Il ne s'agit pas seulement des cours du pétrole. La Russie continue de percevoir des revenus issus de la vente de produits énergétiques, qu'elle utilise pour financer la guerre contre l'Ukraine. Dans le contexte des événements autour de l'Iran, les approvisionnements et les prix sont devenus plus instables — et dans ce cadre la décision américaine a un double effet.

D'une part, les autorisations pour des livraisons « bloquées » peuvent réduire la pression sur les prix mondiaux et alléger temporairement la situation énergétique pour les partenaires. D'autre part — même s'il s'agit principalement de cargaisons déjà en mer — chaque mesure qui facilite l'exportation du pétrole russe doit être évaluée à l'aune de son impact sur les revenus du Kremlin.

Risques et garde‑fous

Selon Bessent, se trouvent en mer « des centaines de millions de barils » de pétrole brut visé par des sanctions — on peut donc, techniquement, créer une offre supplémentaire. Il a néanmoins déjà souligné que les autorisations à court terme, qui ne concernent que les livraisons déjà en cours, « n'apporteront pas d'avantage financier substantiel au gouvernement russe ».

Pour minimiser les risques, la décision doit être accompagnée de mécanismes de contrôle clairs : des licences ciblées, le suivi des navires et des cargaisons, une transparence dans les rapports des partenaires et une coordination entre alliés. Sinon, l'atténuation du déficit pourrait se transformer en source de revenus supplémentaire pour le pays agresseur.

Parallèlement, le président Zelensky a déjà mis en garde contre les tentatives de Moscou d'accroître ses revenus issus des exportations d'énergie ; à Washington, les mesures temporaires sont accompagnées d'autres actions — notamment l'annonce d'une assurance pour les navires et la possible protection des navires par la marine américaine, annoncée par le chef de l'administration américaine.

Conclusion

Techniquement, la décision américaine devrait réduire le choc de prix à court terme sur le marché des énergies. Politiquement et stratégiquement, elle impose à l'Ukraine et à ses partenaires la tâche suivante : veiller à ce que de telles exceptions ne deviennent pas un canal de financement de l'agression russe. Désormais, ce ne sont pas seulement les déclarations qui comptent, mais les mécanismes de contrôle et la transparence — d'eux dépendra si l'équilibre profite à la stabilité du marché ou à l'ennemi.

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