En bref
The Guardian, s'appuyant sur des interviews avec plus de 100 responsables actuels et anciens d'Ukraine, des États-Unis et d'Europe, ainsi que sur une analyse de la CIA, conclut : la décision d'une invasion à grande échelle de l'Ukraine a été prise dès le premier semestre 2020. Cela modifie la perception de la chronologie des événements et suggère qu'une série d'incidents apparemment isolés créait des conditions favorables au plan du Kremlin.
Sources et logique de la conclusion
Les journalistes du Guardian ont interrogé plus d'une centaine d'interlocuteurs — d'officiels ukrainiens à des agents du renseignement occidentaux. Selon leurs informations, la CIA avait accumulé beaucoup d'éléments sur les intentions du Kremlin, mais n'a pas d'emblée pu identifier précisément le moment de la prise de décision. Des analyses ultérieures indiquent que le premier semestre 2020 est la période la plus probable de sa formalisation.
Parmi les facteurs relevés par les analystes : les amendements à la Constitution en Fédération de Russie (pour consolider le pouvoir après 2024), l'isolement de Poutine pendant la pandémie et son immersion dans l'histoire russe, ainsi que l'exploitation opérationnelle d'événements externes et internes pour créer des opportunités de mise en œuvre du plan.
Biélorussie et Navalny : comment se sont constituées les opportunités
La répression estivale des manifestations en Biélorussie en 2020 a renforcé la dépendance d'Alexandre Loukachenko au Kremlin, ce qui, selon les conclusions des enquêteurs, ouvrait la possibilité d'utiliser le territoire biélorusse comme tremplin. Parallèlement, l'empoisonnement d'Alexeï Navalny et l'affaiblissement de son soutien potentiel à l'intérieur du pays ont réduit pour le Kremlin le risque d'une déstabilisation politique interne en Russie.
Signaux d'alerte
Les premiers signes visibles de préparation sont apparus au printemps 2021 — un important déploiement de troupes le long des frontières et en Crimée sous prétexte d'exercices. Ce n'étaient plus de simples manœuvres isolées, mais un élément d'un plan plus vaste, si l'on retient les conclusions de l'enquête du Guardian et les évaluations internes des services de renseignement.
"Poutine a pris la décision d'une invasion à grande échelle de l'Ukraine au premier semestre 2020."
— The Guardian, enquête basée sur plus de 100 interlocuteurs
"Avant l'invasion à grande échelle, le commandant en chef des forces armées ukrainiennes de l'époque, Zaluzhnyi, a reçu des États-Unis le conseil de 'creuser des tranchées'."
— Volodymyr Zelensky, président de l'Ukraine, 14 février 2026
"La Russie a commencé dès le milieu de 2019 à se préparer à une invasion à grande échelle en déployant des troupes le long des frontières."
— Valeriy Zaluzhnyi, ancien commandant en chef des forces armées ukrainiennes, novembre 2025
Ce que cela signifie pour l'Ukraine aujourd'hui
Si la décision a réellement été prise plus tôt que ce que l'on croyait, cela met en évidence deux points : d'une part, l'agression faisait partie d'une stratégie planifiée et non d'un acte impulsif ; d'autre part, le rôle du renseignement et de la diplomatie dans la détection et la dissuasion de telles intentions est crucial. Pour la société et les partenaires, c'est un signal — non seulement sur la manière dont l'attaque a été préparée, mais aussi sur la façon de transformer les leçons du passé en mesures concrètes de sécurité et en soutien.
Conclusion
L'enquête du Guardian apporte une couche importante à la compréhension des motivations et du calendrier du plan du Kremlin. Ce n'est pas seulement un ajustement historique de la chronologie — c'est un rappel que l'information et l'analyse façonnent résolument la politique et la défense. À présent, la balle est dans le camp des partenaires : il faut transformer les faits en garanties de sécurité durables et en aide pratique pour nos forces armées ukrainiennes et les services de renseignement.