L'Inde se tourne à nouveau vers la Russie et la Biélorussie pour s'approvisionner en engrais : qu'est-ce que cela signifie pour le marché mondial et les semis en Ukraine ?

Alors que l'attention mondiale est accaparée par les conflits, le marché des engrais subit une pression : l'Inde négocie avec la Russie, la Biélorussie et le Maroc — les prix, la logistique et les champs ukrainiens en subiront les conséquences.

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Фото: EPA / FAROOQ KHAN

Que s'est‑il passé

Reuters rapporte que l'Inde, l'un des plus grands importateurs d'engrais au monde, négocie pour augmenter ses achats en Russie, en Biélorussie et au Maroc. La raison : des risques d'approvisionnement avant la saison des semis d'été : le conflit au Moyen‑Orient et des restrictions à l'exportation en Chine pourraient réduire les livraisons.

Pour l'instant, il n'y a pas de pénurie : les stocks sont supérieurs à ceux de l'an dernier. Mais des sources de Reuters avertissent que si la guerre s'enlise, la situation pourrait se compliquer.

"Nous avons plus de stocks que l'an dernier, mais si la guerre s'éternise, la situation pourrait se compliquer. C'est pourquoi nous contactons la Russie et d'autres pays afin d'assurer des approvisionnements supplémentaires dans les mois à venir."

— Un interlocuteur gouvernemental indien (sous couvert d'anonymat)

L'Inde importe l'urée (carbamide), le DAP (phosphate diammonique), le chlorure de potassium et du gaz naturel liquéfié (GNL, en anglais LNG) — ce dernier étant nécessaire à la production d'urée. Une part importante des approvisionnements en DAP et en urée provient du Moyen‑Orient : le DAP vient principalement d'Arabie saoudite, l'urée d'Oman.

"Avant la guerre, le marché de l'urée était suffisant et les prix étaient inférieurs à 425 $ la tonne. Aujourd'hui les livraisons sont limitées et les prix ont grimpé au‑delà de 600 $."

— Représentant d'une entreprise de production d'engrais, Mumbai

Pourquoi c'est important pour l'Ukraine

Le mouvement d'un grand importateur comme l'Inde redistribue les flux mondiaux d'engrais et influence les prix. Pour l'Ukraine, cela a plusieurs conséquences clés :

  • La hausse des prix des engrais renchérit les semis : le Club ukrainien de l'agrobusiness avertit déjà des risques de pertes de récolte pour les céréales et oléagineux en raison du déficit et de l'augmentation des coûts.
  • Les chocs logistiques (par exemple le blocage du détroit d'Ormuz) peuvent accélérer l'apparition d'une pénurie et engendrer une instabilité sur le marché des engrais.
  • La dépendance de la production d'urée au gaz renforce la vulnérabilité : en cas de restrictions d'approvisionnement en GNL, le coût et la disponibilité des engrais diminuent.

Les statistiques du marché montrent déjà une hausse : le nitrate d'ammonium est plus cher de 37 %, l'urée de 43 %, le KAS‑32 — de 54 % par rapport à 2025.

Que faire et à quoi s'attendre

La réponse doit être globale — diplomatie, logistique et politique intérieure.

  • Diversifier les approvisionnements et constituer des stocks tampons pour la saison des semis — priorité pour les gouvernements et les entreprises agricoles.
  • Soutenir la production nationale d'engrais ou passer à des technologies alternatives d'alimentation des plantes réduira la dépendance aux chocs extérieurs.
  • Dialoguer avec les partenaires pour garantir les routes (maritimes et terrestres) et la priorisation des approvisionnements pour les secteurs critiques (dont l'agriculture) — une tâche internationale où les intérêts de l'Ukraine rejoignent ceux de nombreux pays.

Les analystes attirent l'attention : si les perturbations d'approvisionnement persistent, la hausse des prix des produits alimentaires pourrait toucher largement les consommateurs dès les prochains mois.

"L'argent aime le silence : les grands contrats d'approvisionnement se concluent hors des gros titres. Pour les agriculteurs, ce ne sont pas les déclarations tonitruantes qui comptent, mais un flux stable d'engrais et de gaz."

— Expert en logistique agricole

La question pour l'Ukraine est désormais simple et cruciale : l'État et le secteur agricole réussiront‑ils à transformer ces alertes précoces en mesures concrètes pour que la saison des semis se déroule sans pertes ? De la réponse dépend non seulement la récolte, mais aussi les prix des produits pour les consommateurs.

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