Tandis que les marchés réagissent aux événements dans le golfe Persique
Selon Reuters, citant des sources, le pétrole russe pourrait retrouver la première place des importations indiennes en mars après avoir été devancé par l'Irak en février. Ce changement n'est pas un simple remaniement de fournisseurs : il montre comment les chocs géopolitiques redistribuent rapidement les routes d'approvisionnement et influent sur les prix, effet que nous ressentons aussi en Ukraine.
Ce qui s'est passé
En février, les importations de pétrole en provenance d'Irak vers l'Inde ont augmenté pour atteindre environ 1,18 million de barils par jour, et les achats en provenance d'Arabie saoudite se sont élevés à environ 998 000 barils par jour — le niveau le plus élevé depuis décembre 2021. Les importations de pétrole russe en février ont diminué d'environ 32 % en glissement annuel, pour tomber à environ 1 million de barils par jour (Reuters).
"Après le début des tensions au Moyen-Orient, les livraisons de pétrole russe vers l'Inde sont redevenues d'environ 1,8 million de barils par jour et pourraient atteindre 2–2,2 millions en mars."
— Sumit Ritolia, analyste principal chez Kpler
Pourquoi cela se produit
Le principal moteur est l'accroissement de l'incertitude dans le golfe Persique après les frappes et l'escalade, ce qui a rendu de facto plus compliqué le passage des pétroliers par le détroit d'Ormuz. Selon l'AIE, en 2025, environ 20 millions de barils par jour transitaient en moyenne par le détroit d'Ormuz, soit près de 25 % du commerce maritime mondial de pétrole — ainsi toute perturbation locale affecte immédiatement les équilibres.
De plus, les États-Unis ont temporairement autorisé l'Inde à accepter du pétrole russe déjà chargé sur des pétroliers — la licence générale de l'OFAC est valable jusqu'au 4 avril. Cela a donné aux raffineurs indiens l'occasion d'acheter des millions de barils, augmentant ainsi les livraisons en provenance de Russie à court terme (Reuters).
Conséquences pour l'Ukraine
La hausse des prix mondiaux de l'énergie se répercute sur le marché intérieur des carburants : des experts et des journalistes (par exemple, LIGA.net) relient déjà la forte augmentation des prix des carburants en Ukraine aux chocs d'offre mondiaux. Parallèlement, les analystes notent que, même sous l'effet d'une demande accrue, la Russie vend son pétrole avec un escompte significatif par rapport au Brent, si bien qu'une hausse des prix à court terme ne signifie pas nécessairement un rétablissement substantiel des recettes du budget russe — évaluation fournie par Reuters.
D'après le CREA, la Russie a gagné environ 7,7 milliards d'euros grâce à l'exportation de combustibles fossiles au cours des deux premières semaines de l'escalade au Moyen-Orient — un chiffre qui illustre la rapidité avec laquelle l'argent circule dans les chaînes énergétiques en période de crise.
Quelles perspectives
Le tableau à court terme dépendra de deux facteurs : l'évolution de la situation sécuritaire dans le golfe Persique et les décisions des acteurs clés (par exemple, la prolongation ou l'annulation des autorisations de transit/achat de pétrole russe). Pour l'Ukraine, cela signifie une volatilité accrue des prix des produits pétroliers et la nécessité de constituer des réserves stratégiques et de diversifier les approvisionnements.
Conclusion : le rétablissement des livraisons russes vers l'Inde relève davantage d'un réajustement des risques et des routes que d'un effet « sauveur » durable pour le budget russe. Il est important pour l'Ukraine de surveiller ces évolutions non pas comme des statistiques abstraites, mais comme un facteur ayant un impact direct sur le coût de la vie et la logistique en temps de guerre.
Sources : Reuters, Kpler, AIE (IEA), OFAC (Trésor américain), CREA, LIGA.net.