Ce qui s’est passé
Le géant énergétique français TotalEnergies a racheté à la société russe Lukoil les 45 % restants des actions de la raffinerie Zeeland aux Pays‑Bas et en est devenu l’unique propriétaire, rapporte Reuters en citant deux sources informées.
« TotalEnergies est devenu l’unique propriétaire de la raffinerie Zeeland, en rachetant les 45 % restants détenus par le russe Lukoil. »
— Reuters, citant deux sources informées
Pourquoi ce n’est pas qu’une simple opération commerciale
L’histoire de l’opération remonte à 2009, lorsque Lukoil a acheté une participation dans Zeeland pour environ 725 millions de dollars — à l’époque, cela était perçu comme un renforcement de l’influence russe dans la région. Aujourd’hui, la décision de Total prend un autre sens : la pression des sanctions et les risques réputationnels ont rendu la collaboration avec un actionnaire minoritaire russe peu attrayante pour les partenaires.
La raffinerie a une capacité d’environ 180 000 barils par jour. Bien que formellement Zeeland n’ait pas été visée par des sanctions américaines, les annonces d’une possible mise en vente globale des actifs de Lukoil et le risque que des fournisseurs refusent de coopérer ont poussé Total à procéder au rachat.
Contexte des sanctions et prochaines étapes
Après l’instauration de sanctions américaines contre Lukoil, la société a annoncé son intention de vendre ses actifs internationaux, évalués à environ 22 milliards de dollars. Selon Reuters, fin janvier Lukoil a signé un accord avec la société d’investissement américaine Carlyle portant sur la vente de Lukoil International GmbH — la structure qui détient les actifs internationaux du groupe. Cependant, cet accord nécessite l’approbation de l’OFAC : le Bureau du contrôle des avoirs étrangers a déjà bloqué d’autres tentatives d’acquisition d’actifs de Lukoil (par exemple, des offres de Gunvor et Xtellus).
Ce que cela signifie pour l’Ukraine
Pour l’Ukraine, l’événement comporte plusieurs aspects importants. D’une part, l’affaiblissement de la présence des entreprises russes dans les chaînes d’approvisionnement européennes réduit les ressources financières et politiques du Kremlin. D’autre part, c’est un signal pour le marché : les partenaires internationaux sont prêts à restructurer leur participation aux projets afin de minimiser les risques de sanctions et les pertes réputationnelles. Enfin, ce processus exige une surveillance attentive — pour éviter que la vente d’actifs ne se transforme en un mécanisme de contournement des restrictions.
« La décision de TotalEnergies illustre comment des choix de marché sont renforcés par des mesures étatiques, et pas seulement par des déclarations politiques. »
— Reuters / conclusion générale des analystes du marché de l’énergie
Dans quelle mesure est‑ce définitif ?
D’un côté, le transfert de propriété de Zeeland affaiblit l’influence directe de Lukoil en Europe occidentale. De l’autre, le processus de vente et les approbations ultérieures (y compris de l’OFAC) laissent place à des manœuvres juridiques et financières. Il est important que les partenaires et les régulateurs restent concentrés sur la transparence des transactions et n’autorisent pas que des fonds susceptibles d’alimenter l’agression contre l’Ukraine y trouvent refuge.
Résumé
Le rachat de Zeeland n’est pas un effondrement spectaculaire, mais une dé‑russification progressive des chaînes énergétiques européennes sous la pression des sanctions et de la logique du marché. Pour l’Ukraine, c’est une avancée dans la bonne direction, mais des questions subsistent : les partenaires parviendront‑ils à transformer ces accords en mécanismes durables de blocage des flux financiers qui alimentent la guerre ?
Source : Reuters ; données publiques sur les actifs de Lukoil et communications concernant les sanctions de l’OFAC.