Nature des soupçons
Le Bureau national anti-corruption (NABU) et le Parquet spécialisé anti-corruption (SAP) ont annoncé la découverte d’un mécanisme d’appropriation des fonds du groupe d’État «Укроборонпром» entre 2014 et 2019. Au total, il s’agit d’environ 32 millions de hryvnias transférés via un réseau de sociétés étrangères et fictives — trois personnes ont été inculpées, dont l’actuel directeur adjoint du groupe.
Comment le système fonctionnait
L’enquête a établi un mécanisme type : une entreprise exportatrice spécialisée faisait artificiellement intervenir des intermédiaires étrangers — des sociétés enregistrées au Royaume-Uni et en République tchèque. Ces sociétés n’exécutaient en réalité aucun service : le travail était effectué par les employés de l’entreprise d’État, tandis que l’argent était versé sur les comptes des intermédiaires puis acheminé vers des comptes de sociétés fictives pour être réparti entre les participants au système.
Selon l’enquête, plus de $560 000 (environ 13,3 millions de hryvnias) et près de €670 000 (environ 19,3 millions de hryvnias) ont été transférés via ces intermédiaires. Des documents préparés prévoyaient des paiements supplémentaires — environ $172 000 et près de €500 000 — mais ceux-ci n’ont pas pu être réalisés en raison des actions d’enquête actives du NABU et du SAP.
"Trois personnes ont reçu des notifications de suspicion, parmi lesquelles l’actuel directeur adjoint du groupe."
— Service de presse du NABU
Les personnes mises en cause
Trois personnes sont impliquées dans l’affaire : l’ancien directeur d’une entreprise d’État, qui occupe aujourd’hui le poste de directeur adjoint de l’АТ «Українська оборонна промисловість» ; l’ancien conseiller du directeur de l’entreprise exportatrice spécialisée ; et le bénéficiaire effectif d’une société privée. Les actes ont été qualifiés de détournement, de blanchiment de fonds et de faux en service.
Contexte : pas un cas isolé
Ce dossier s’inscrit en corrélation avec d’autres procédures pénales visant des responsables du secteur de la défense. En juillet 2025, le NABU et le SAP ont transmis au tribunal l’affaire concernant l’ex-directeur général d’Ukrspetsexport, Dmytro Peregudov (accusations d’appropriation et de légalisation de plus de $23 millions), et auparavant un ancien dirigeant d’Ukrinmash faisait l’objet d’un avis de recherche international pour détournement d’environ 3,5 millions de hryvnias. Le milieu des experts souligne que la multiplication de tels épisodes sape la confiance des partenaires et complique les contrats internationaux.
Pourquoi c’est important et quelles conséquences
Cette affaire est importante au‑delà des chiffres. Elle met en lumière des failles systémiques dans la chaîne d’approvisionnement et de contrôle : lorsque des ressources publiques passent par une série d’intermédiaires sans livraison effective de services, le risque de pertes et de blanchiment augmente. Pour les citoyens, il s’agit d’une question d’efficacité des dépenses de défense ; pour les partenaires, c’est une question de transparence et de la capacité de l’Ukraine à mettre en œuvre des réformes dans les marchés publics et la gouvernance des entreprises de défense.
Étapes à venir
L’enquête préliminaire se poursuit — les enquêteurs vérifient d’autres épisodes possibles liés aux activités de ce groupe. Parmi les mesures importantes susceptibles de réduire les risques de récurrence : le renforcement de l’audit interne au sein du groupe, l’électronisation des contrats et des paiements, ainsi que la mise en responsabilité rapide des personnes impliquées dans les affaires en cours. Pour l’instant, la question clé pour la société et les autorités reste : ces enquêtes pénales se traduiront‑elles par un nettoyage systémique et de réelles réformes institutionnelles ?