L'or vénézuélien va aux États‑Unis : 650–1000 kg, 108–166 millions de dollars et un précédent géopolitique

Minerven a conclu la vente d'or affiné aux États-Unis — bref sur les enjeux financiers, les risques de contrebande et pourquoi cela compte pour les marchés et la géopolitique.

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В.о. президентки Венесуели Делсі Родрігес разом із міністром внутрішніх справ США Дугом Бургумом у Каракасі, 4 березня 2026 року (Фото: EPA / MIGUEL GUTIERREZ)

Ce qui s'est passé

Selon Axios, citant des sources, la société d'État vénézuélienne Minerven a conclu un accord pour la vente de 650 à 1000 kg d'or semi-affiné au trader Trafigura, qui livrera la cargaison aux usines d'affinage aux États‑Unis pour un affinage complémentaire et une mise sur les marchés financiers et industriels.

Au prix indicatif d'environ $166 000 par kilogramme, cela correspondrait à un produit d'environ 108–166 M$.

Pourquoi c'est important

D'une part, l'accord ouvre pour une partie des ressources vénézuéliennes l'accès à l'infrastructure américaine et aux canaux de paiement — ce qui réduit l'attrait des routes de contrebande qui, pendant des années, prenaient des revenus à l'État.

D'autre part, c'est un signal de consensus entre les grands acteurs du marché (traders, raffineries) et les intérêts politiques de la région. Selon Axios, ces décisions contractuelles interviennent dans un contexte de changement politique au Venezuela et d'intensification de la coopération avec les États‑Unis ; pour Washington, c'est un outil pour restaurer le contrôle sur des ressources cruciales.

Que signifie cela pour les marchés et pour l'Ukraine

Une cargaison de 650–1000 kg ne fait pas fluctuer les prix sur le marché mondial de l'or, mais elle a une portée systémique : la mise en place de chaînes d'approvisionnement et d'affinage transparentes au sein du système financier légal crée un précédent qui complique les schémas d'évasion des sanctions et la contrebande.

Pour l'Ukraine, cela compte pour deux raisons. Premièrement, le renforcement des règles de transparence dans la circulation des ressources réduit les possibilités de financement des régimes autoritaires par l'économie grise — un précédent qui renforce l'ordre juridique international. Deuxièmement, des marchés des ressources plus stables et plus transparents diminuent globalement la volatilité à laquelle sont exposés les pays exportateurs et importateurs, y compris l'économie ukrainienne.

«Delcy Rodríguez, qui [maintenant] est présidente du Venezuela, fait un excellent travail et collabore très bien avec des représentants des États‑Unis. Le pétrole commence à couler, et le professionnalisme et le dévouement des deux pays — c'est très agréable à observer»

— Donald Trump, publication sur Truth Social (citation selon Axios)

Le tableau des experts ajoute du contexte : bien que le gouvernement vénézuélien ait parfois évoqué des ressources potentielles allant jusqu'à 8 000 tonnes dans la zone de l'Arco Minero del Orinoco, la production réelle en 2024 a été estimée par le World Gold Council à environ 30,6 tonnes. Ainsi, la question clé n'est pas seulement les volumes, mais les mécanismes de contrôle et de légalisation des recettes.

En bref : l'accord Minerven–Trafigura est plus qu'un simple contrat sur l'or : c'est un test d'un modèle selon lequel les ressources des régimes autoritaires sont intégrées dans des chaînes transparentes via des institutions occidentales. Si cette pratique se consolide, elle pourrait affaiblir les canaux illégaux et renforcer le rôle des mécanismes juridiques et de marché dans la politique régionale. Mais la question demeure : ces déclarations et ces premiers contrats se transformeront-ils en une politique durable, soutenue par l'infrastructure internationale du commerce et du contrôle ?

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