En bref
Le président français Emmanuel Macron a annoncé que des canaux de discussion avec la Russie ont été rétablis au niveau technique. L'interview est publiée dans le Süddeutsche Zeitung — les propos du dirigeant doivent être considérés comme le début d'un processus, et non comme une initiative diplomatique aboutie.
Ce qu'a dit Macron
"Depuis plusieurs mois nous sommes entrés dans une nouvelle phase de cette guerre. Qu'est‑ce qui a déclenché cette phase ? Deux choses : d'une part, nous avons atteint le point où cette guerre d'usure est entrée dans sa phase finale ; c'est‑à‑dire que les pertes et l'épuisement des deux côtés rendent tout à fait légitime la question de savoir comment mettre fin à cette guerre. Et d'autre part, les Américains ont manifesté le désir d'y mettre un terme."
— Emmanuel Macron, président de la France (Süddeutsche Zeitung)
Pourquoi c'est important (analyse)
Macron explique ses actions par trois arguments : la dynamique du combat a changé, la pression sur les ressources des deux côtés augmente, et des signaux en provenance de Bruxelles/Washington laissent entrevoir une volonté de faire avancer des initiatives de négociation. Le rétablissement de canaux techniques est un outil pour recueillir des informations, coordonner des procédures humanitaires et militaro‑techniques, et tester les possibilités d'un dialogue politique ultérieur.
Cependant, un canal technique n'est pas synonyme de négociations politiques : il s'agit d'un format de bas niveau, qui peut être utilisé pour communiquer sur des sujets concrets (par exemple, l'échange de prisonniers, des garanties de sécurité pour des couloirs, des questions humanitaires), mais il ne résout pas les questions clés de souveraineté et de territoires.
Ce que cela signifie pour l'Ukraine
Premièrement, il existe un risque que des négociations sur un cessez‑le‑feu ou sur une « mise en ordre » du conflit avancent sans la participation adéquate de l'Ukraine ou avec une présence ukrainienne minimale. C'est d'ailleurs ce que Macron a souligné en évoquant la nécessité de ne pas dépendre de tiers et de préserver la position propre de l'Europe.
Deuxièmement, pour Kyiv, l'ouverture de canaux techniques représente une opportunité d'obtenir des résultats concrets sur des questions spécifiques (libération de prisonniers, accès des convois humanitaires), si la partie ukrainienne parvient à se mettre d'accord sur un mandat clair et des mécanismes de contrôle. L'enjeu clé est d'empêcher que ces formats ne se transforment en substituts à de véritables garanties internationales en l'absence des États‑Unis et de l'Ukraine.
Chronologie et confirmations
Le 19 décembre 2025, Macron a appelé publiquement à rétablir le dialogue européen avec la Russie. Le 21 décembre 2025, le président Zelensky a confirmé que Macron avait discuté avec lui de la possibilité d'un contact direct avec la Russie à condition que les États‑Unis ne parviennent pas à arrêter l'agression ; les commentaires officiels des parties soulignent la nécessité de maintenir la participation américaine au processus de paix. Le 4 février 2026, des informations ont fait état d'un déplacement d'un diplomate français en Russie pour des négociations au niveau technique.
Conclusion : que faire ensuite
Ce n'est pas le moment de paniquer, mais pas non plus d'accorder une confiance automatique. L'initiative européenne peut devenir un instrument supplémentaire de pression sur Moscou ou, au contraire, un canal d'affaiblissement d'une position internationale unie. Il est important pour l'Ukraine d'obtenir deux choses : d'une part, que tout contact soit transparent et coordonné avec Kyiv ; d'autre part, que les États‑Unis restent le garant central de la sécurité dans le processus. Pour l'instant il s'agit de premiers pas — la question clé est de savoir s'ils se transformeront en garanties concrètes protégeant les intérêts de l'Ukraine.
Sources : interview d'E. Macron (Süddeutsche Zeitung), commentaires officiels des parties, reportages des médias sur les contacts diplomatiques en février 2026.