Dans la grande diplomatie, l'important n'est pas les déclarations retentissantes, mais les règles selon lesquelles on négocie
La Première ministre italienne Giorgia Meloni a déclaré qu'il était temps pour l'Europe de rétablir le dialogue avec la Russie — une opinion qui fait écho aux récents propos du président français Emmanuel Macron. En même temps, Meloni a clairement prévenu : si les contacts sont fragmentaires ou non coordonnés, ils aideront davantage le Kremlin qu'ils ne serviront les intérêts de l'Ukraine. Rapport : Bloomberg.
Ce que Meloni a dit
«Je pense que Macron a raison, il est temps que l'Europe parle avec la Russie»
— Giorgia Meloni, Première ministre italienne
Meloni a toutefois souligné que de telles mesures ne pourraient avoir qu'un effet «limité» si elles étaient mises en œuvre «partiellement et de façon chaotique». «La dernière chose que je voudrais, c'est rendre service à Poutine», a-t-elle ajouté.
Pourquoi cela se produit maintenant
Il y a plusieurs raisons interdépendantes. Premièrement, la France pousse ouvertement l'UE à chercher des canaux de communication avec le Kremlin comme instrument de pression diplomatique et de stabilisation (position défendue par Emmanuel Macron). Deuxièmement, après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la part de responsabilité de l'Europe pour le soutien financier et militaire à l'Ukraine a augmenté — cela pèse sensiblement sur les budgets et les priorités politiques des capitales. Troisièmement, la politique intérieure italienne (la présence dans la coalition d'un partenaire favorable à la Russie, le leader de la Ligue Matteo Salvini) rend les messages de Rome plus ambigus.
Faits à retenir
Le gouvernement italien a déjà envoyé au moins 2,9 milliards de dollars d'aide à l'Ukraine depuis le début de l'invasion à grande échelle, y compris des systèmes de défense aérienne. Cela souligne que les paroles sur le dialogue ne signifient pas un abandon du soutien — mais n'éliminent pas non plus les risques si le dialogue se déroule sans garanties ni coordination avec les partenaires.
Ce qu'on en dit à Kyiv et à Paris
«Il faut lutter pour obtenir la participation des États-Unis au dialogue de paix»
— Volodymyr Zelensky, président de l'Ukraine
La France, pour sa part, insiste sur le fait qu'un entretien direct avec Poutine peut être un outil utile s'il s'inscrit dans le cadre d'un large consensus international et s'il ne remplace pas les garanties qui assurent la sécurité de l'Ukraine.
Ce que cela signifie pour l'Ukraine et quelles mesures sont nécessaires
Pour l'Ukraine, l'essentiel n'est pas seulement le fait que l'Europe ait des contacts avec la Russie, mais leur format et leur objectif. Quatre conclusions pratiques :
- Les contacts européens avec le Kremlin doivent être coordonnés avec les États-Unis et Kyiv, afin d'éviter des concessions unilatérales.
- Le dialogue doit être accompagné de garanties de sécurité juridiquement contraignantes et d'un soutien ferme en matière d'assistance militaire et technique.
- Toute négociation ne doit pas légitimer la conservation par la Russie de territoires ukrainiens ni affaiblir le régime de sanctions.
- L'Ukraine doit renforcer son action diplomatique et informationnelle pour définir clairement ses «lignes rouges» et mobiliser les partenaires autour d'elles.
Conclusion
Le débat sur le dialogue avec la Russie n'est pas seulement un épisode diplomatique, mais une épreuve de la capacité de l'UE et de ses alliés à concilier pragmatisme et principes. Si les contacts sont coordonnés et étayés par des garanties de sécurité concrètes, ils peuvent aider. Si, en revanche, cela reste une série d'initiatives isolées, le Kremlin en tirera profit, et non l'Ukraine. La balle est maintenant dans le camp des partenaires : transformeront-ils les déclarations en mécanismes qui protègent réellement notre État ?