Ce qui s'est passé
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a publié une vidéo de campagne dans laquelle il accuse le président Volodymyr Zelensky et Kiev «d'ingérence dans les élections hongroises» et de «chantage énergétique» en raison d'un prétendu blocage des livraisons de pétrole via le pipeline «Droujba». La vidéo, publiée sur la page du Premier ministre sur X, contient des images de personnalités européennes, notamment Ursula von der Leyen.
Ce qu'a dit Orbán
"L'Ukraine veut le chaos en Hongrie. Elle s'immisce dans l'élection hongroise en finançant le parti d'opposition Tisza. Elle use aussi de chantage politique en bloquant les livraisons de pétrole via le pipeline «Droujba» pour faire monter les prix des carburants et les coûts des ménages. La Hongrie ne va pas…"
— Viktor Orbán, Premier ministre de Hongrie (publication sur X, 19 février 2026)
Pourquoi c'est important pour l'Ukraine
Contexte politique. Les élections législatives en Hongrie sont prévues le 12 avril 2026 — la vidéo vise à mobiliser l'électorat et à discréditer les forces pro‑européennes et pro‑ukrainiennes. Dans ce registre, les accusations contre Kiev remplissent deux fonctions : détourner l'attention des problèmes internes et renforcer l'image d'un ennemi extérieur.
Conséquences énergétiques. La Hongrie et la Slovaquie ont annoncé le 18 février l'arrêt des exportations de diesel vers l'Ukraine, invoquant des perturbations du transit de pétrole russe. Dans le même temps, l'UE a indiqué qu'il n'y avait pas de risques à court terme pour les approvisionnements dans la région — les pays disposent d'environ 90 jours de réserves. Pour l'Ukraine, cela constitue un signal : la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement persiste et les décisions politiques des voisins peuvent avoir un impact direct sur l'accès aux carburants.
Réactions et faits qu'il est important de retenir
Le ministère des Affaires étrangères ukrainien a répondu que l'origine des perturbations était une attaque russe contre des infrastructures de raffinage de pétrole dans la région de Brody. La partie ukrainienne a également réagi vivement aux affirmations de financement de l'opposition, en soulignant l'absence de preuves de tels actes.
En complément : la veille, au Forum de Davos, Zelensky s'était exprimé de façon critique sur la politique pro‑russe d'Orbán, après quoi le Premier ministre hongrois a diffusé des «images soigneusement choisies» en réponse — la ligne d'escalade entre les deux dirigeants était perceptible avant même la vidéo.
Analyse : pourquoi Orbán dit cela (et ce que cela signifie)
Motif rationnel. Pour un homme politique qui brigue un quatrième mandat, un ennemi extérieur est un puissant facteur de mobilisation. Les accusations d'«ingérence» permettent de légitimer des mesures plus sévères contre l'opposition et de montrer qu'on se soucie de la sécurité économique des familles — un discours qui porte bien dans l'isoloir électoral.
Risque stratégique pour l'Ukraine. Même si les allégations de financement de l'opposition ne sont pas étayées, de tels récits peuvent servir à justifier des restrictions commerciales ou des mesures énergétiques supplémentaires de la part de Budapest. Cela signifie que la diplomatie doit agir sur deux fronts : démentir les faits et préparer des alternatives techniques pour l'approvisionnement en carburant et en énergie.
Et ensuite
Il est prévisible que la rhétorique s'intensifie dans le mois qui précède les élections. Il est important pour l'Ukraine de conserver une base de preuves, d'informer ses partenaires au sein de l'UE et de renforcer la logistique des approvisionnements énergétiques. Pour les Ukrainiens, c'est un rappel : la géopolitique a des effets concrets sur la vie quotidienne — les décisions prises à Budapest peuvent se répercuter sensiblement sur le marché du carburant et le transit.
Conclusion. La vidéo d'Orbán n'est pas seulement un truc de campagne, mais un élément d'une pression plus large qui combine énergie et politique intérieure. Les semaines à venir montreront si les accusations publiques se traduiront par des restrictions concrètes, et combien de temps il faudra à Kiev et à ses partenaires pour neutraliser les risques éventuels.