L'essentiel
Le Bureau d'enquêtes d'État et le Bureau du Procureur général ont confirmé l'ouverture d'une procédure à l'encontre de la députée Мар’яна Безугла. L'enquête porte sur quatre articles du Code pénal, parmi lesquels figure une suspicion de trahison d'État.
« Une procédure au titre de l'article sur la trahison d'État a été ouverte à l'encontre de la députée Мар’яна Безугла. »
— Тетяна Сапьян, conseillère en communication du Bureau d'enquêtes d'État (commentaire LIGA.net)
Quelles infractions lui sont reprochées
Selon les forces de l'ordre, la procédure couvre les épisodes suivants :
- trahison d'État ;
- divulgation d'un secret d'État (par. 1 art. 328 du Code pénal) ;
- divulgation d'informations de nature militaire constituant un secret d'État (par. 1 art. 422 du Code pénal) ;
- ingérence dans l'activité d'un responsable de l'État (par. 1 art. 344 du Code pénal).
Ce qui a précédé l'affaire
Fin août 2024, Мар’яна Безугла a publié un message dans lequel elle accusait le commandant en chef des forces armées, Олександр Сирський, d'avoir prétendument l'intention de retirer la 72e brigade de Вугледар. Le post affirmait qu'il y avait un risque d'annulation de la rotation et une possible préparation de l'ennemi.
« Je reçois de nombreux appels de militaires désespérés, qui disent que Сирський enlève la 72e brigade de Вугледар, qui y repousse toutes les attaques depuis déjà deux ans et connaît parfaitement le terrain... On a l'impression qu'il fragilise volontairement le front. »
— publication de Мар’яна Безугла (août 2024)
Le député Сергій Тарута a déclaré que l'enquête vérifie si ces déclarations publiques ont pu nuire aux militaires ukrainiens : selon certaines allégations, après la divulgation de l'information la rotation aurait été contrariée, des positions défensives perdues et des forces russes redéployées sur le secteur.
Procédure et contexte juridique
Le 3 mars 2026, le tribunal du district de Pechersk à Kiev a ordonné au Bureau du Procureur général d'ouvrir une enquête préliminaire suite à la plainte de Роман Червінський. Le Bureau du Procureur général indique que l'enquête est en cours ; les détails sont pour l'instant limités afin de ne pas nuire à l'instruction.
Pourquoi c'est important
Le cadrage de l'affaire comporte deux dimensions clés : la sécurité opérationnelle et la responsabilité politique. Si des déclarations publiques contiennent des informations donnant un avantage opérationnel à l'ennemi ou démoralisant les effectifs, elles mettent en danger les personnes sur le front. D'un autre côté, l'enquête envoie le signal que même en temps de guerre il existe des limites au débat public lorsqu'il s'agit d'informations relatives aux opérations militaires.
Précédents et ampleur
Ce n'est pas un cas isolé dans la pratique des autorités ukrainiennes : depuis 2014, la СБУ a annoncé des soupçons de trahison d'État à l'encontre de plus de 3 200 personnes. En 2025, le ДБР a annoncé des suspicions à l'encontre de l'ancien député Олег Волошин pour trahison d'État en raison de la diffusion de propos favorables à l'agresseur — des exemples qui montrent comment le système répressif aborde les cas susceptibles de menacer la sécurité nationale.
La suite
L'enquête devra établir : si, dans les actes de Мар’яна Безугла, des informations constituant un secret d'État ou susceptibles de nuire à la défense ont effectivement été divulguées ; s'il y a eu volonté coupable et s'il existe une base probante pour les chefs d'accusation retenus. La décision du tribunal et les résultats de l'enquête détermineront s'il s'agira d'une affaire pénale ou d'une autre issue juridique.
Le milieu des experts souligne : en période d'agression à grande échelle, la priorité doit être la protection des militaires et la préservation de la sécurité de l'information. En même temps, la société doit exiger de l'enquête une transparence dans des limites qui ne nuisent pas aux opérations.
Conclusion
Cette affaire est une mise à l'épreuve de l'équilibre entre le droit à la critique et la nécessité de protéger les informations opérationnelles. Elle concerne non seulement le sort juridique d'une députée, mais aussi les normes de responsabilité publique en temps de guerre. Place maintenant à l'enquête : les déclarations se transformeront-elles en preuves qui auront un impact sur la sécurité de nos militaires ?