L'Église orthodoxe russe en Europe recrute des réfugiés ukrainiens : mécanisme, financeurs et risques pour les communautés

Une simple visite à l'église peut devenir un point de collecte de données et le début de contacts avec des réseaux liés au Kremlin. Nous décryptons comment fonctionne ce schéma, qui en est à l'origine et ce que cela signifie pour la sécurité des communautés ukrainiennes en Europe.

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Патріарх Кирил і Вселенський патріарх Варфоломій (Фото: пресслужба РПЦ)

Ce qui s'est passé et pourquoi c'est important

Des services de renseignement et des spécialistes locaux rapportent : dans les paroisses de l'Église orthodoxe russe en Europe, des réfugiés ukrainiens sont parfois approchés sous prétexte de « soutien spirituel » ou d'« aide » afin d'obtenir des contacts et d'établir une communication ultérieure. Les sources de l'article sont : une correspondante de LIGA.net, le conseiller aux affaires religieuses du ministère de l'Intérieur estonien Ringo Ringvee et un représentant du Service de renseignement extérieur de l'Ukraine (СЗР). Il ne s'agit pas seulement d'une question éthique : il est question de collecte de données personnelles, d'influence sur la diaspora et du risque potentiel d'infiltration de réseaux d'agents.

Comment fonctionne la mécanique du recrutement

Selon les descriptions de témoins et des renseignements, le schéma est simple et discret. Il suffit à une personne de se rendre plusieurs fois à l'église — après quoi des « serviteurs » ou d'autres paroissiens l'approchent avec des offres d'aide, des bulletins d'information ou des rencontres. Sous ces promesses, on recueille des numéros de téléphone, des comptes sur les réseaux sociaux et d'autres informations de contact — constituant en fait une première « base de données » pour un travail ultérieur.

"J'ai senti sur moi le regard attentif d'un homme chauve... Cet homme ressemblait à un 'sмотрящий', dont la tâche est de repérer chaque personne qui franchit le seuil."

— Correspondante de LIGA.net à Bruxelles

"Le message est toujours le même : vous êtes arrivés dans un nouveau pays et ici nous vous aidons."

— Ringo Ringvee, conseiller du département des affaires religieuses du ministère de l'Intérieur estonien

"À la recherche d'un soutien spirituel, il suffit aux Ukrainiens de venir deux ou trois fois au service pour qu'on leur porte attention — sous couvert d'aide on extorque des contacts ou des comptes de réseaux sociaux."

— représentant du Service de renseignement extérieur de l'Ukraine (СЗР)

Qui finance et coordonne

Selon le СЗР et des enquêtes journalistiques, l'un des principaux sponsors des antennes de l'Église orthodoxe russe en Europe est un oligarque visé par des sanctions et ancien député, Vadim Novinsky. Pour les analystes, c'est un élément important : le financement crée une infrastructure réseau, et la légitimité des institutions religieuses sert de couverture pour des actions de mise en relation.

Nuances et limites des preuves

Les responsables estoniens, en particulier Ringo Ringvee, soulignent qu'il n'existe pas encore de preuves pénales directes d'une « aide » fournie par les structures du patriarcat de Moscou en Estonie. Cela n'exclut pas une pratique systémique de collecte de contacts et d'informations, mais indique la nécessité d'une vérification et d'une documentation rigoureuses des cas.

Que faire pour les réfugiés et les communautés

Les recommandations pratiques découlent du constat suivant : protéger les données personnelles et éviter de transmettre des contacts sans être sûr de la fiabilité de l'initiateur. Les autorités locales et les communautés devraient renforcer l'information — expliquer comment reconnaître les risques, vers qui se tourner pour obtenir de l'aide et comment signaler des cas suspects. Les services de sécurité européens et les représentations diplomatiques ukrainiennes doivent coordonner la surveillance de ces antennes et l'échange d'informations.

Conclusion — la suite

Ce cas illustre comment des outils de « soft power » peuvent se transformer en mécanismes de collecte de données et d'influence. Pour l'Ukraine et ses partenaires européens, il est important non seulement d'enregistrer des incidents isolés, mais de mettre en place une approche systémique : contrôles des financements, protection de la confidentialité des réfugiés et travail de sensibilisation au sein des communautés. La question reste ouverte : la coordination entre États et communautés sera‑t‑elle suffisante pour minimiser ces risques et préserver la sécurité des personnes ayant fui la guerre ?

Sources : LIGA.net (reportage à Bruxelles), commentaires de Ringo Ringvee (ministère de l'Intérieur estonien), interlocuteur du СЗР, données ouvertes concernant Vadim Novinsky.

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