Usines ukrainiennes dans le Golfe Persique : comment la production de drones dans la région peut apporter des missiles, des avions et des investissements

L'analyste de l'IISS Albert Vidal Ribe a expliqué à LIGA.net pourquoi le Golfe Persique considère les intercepteurs de drones ukrainiens comme une monnaie d'échange — et quels risques et avantages cela comporte pour la sécurité et l'économie de l'Ukraine.

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Дубай (Ілюстративне фото: ALI HAIDER / EPA)

Pourquoi cela mérite attention

Tandis que l'attention se concentre sur les fronts et les déclarations diplomatiques, l'intérêt croît pour des solutions concrètes pouvant à la fois renforcer la défense de l'Ukraine et fournir les munitions et équipements indispensables. L'implantation de productions d'armement ukrainien dans les pays du Golfe Persique n'est pas une fantaisie, mais une option que des analystes et des acteurs du marché évoquent déjà dans des interviews publiques et des exemples de coopération.

Ce qui est sur la table des négociations

Selon Albert Vidal Ribe de l'IISS, qui s'est entretenu avec LIGA.net, Kiev peut proposer à ses partenaires régionaux des intercepteurs de drones et une expertise pour contrer les « Shahed » iraniens — des ressources dont la région a grand besoin. En échange — des investissements dans l'industrie de défense ukrainienne, ainsi que des missiles, des avions et un poids politique qui accéléreraient la restauration des capacités des forces armées ukrainiennes.

« Il existe un business case clair entre Kiev et les pays du Golfe Persique »

— Albert Vidal Ribe, analyste en défense, IISS

Les mécanismes de coopération peuvent varier : de la production sous licence et des coentreprises au transfert complet de certaines lignes de production dans la région sous le contrôle d'entreprises ukrainiennes et en préservant la propriété intellectuelle.

Preuves, intérêts et exemples

La pratique existe déjà. Fin février, la société ukrainienne Ukrspecsystems a ouvert au Royaume‑Uni une usine de fabrication de drones — un exemple de la manière dont les technologies ukrainiennes peuvent se déployer à l'étranger. Parallèlement, des géants régionaux, comme EDGE aux Émirats arabes unis (EAU), travaillent activement sur leurs propres intercepteurs de drones (Vortex‑E, Shadow‑3, Allag‑E, etc.), ce qui témoigne d'une demande et d'un intérêt technique déjà présents avant les récentes tensions régionales.

En même temps, il existe des risques sérieux. L'Iran a affirmé avoir détruit un prétendu entrepôt contenant des armements anti‑drones ukrainiens aux EAU, mais cette information a été démentie par le porte‑parole du ministère des Affaires étrangères, Tykhyi. L'expert Melnyk a également souligné dans un article pour LIGA.net que l'État limite les ventes directes aux fabricants afin de préserver sa marge de manœuvre dans les négociations.

« L'Ukraine interdit aux fabricants de drones de vendre directement au Moyen‑Orient, car le pays cherche à obtenir une solution globale d'échange de technologies contre des armements et des investissements »

— l'expert Melnyk, LIGA.net

De plus, l'analyste en relations internationales Kusa note que la plupart des États du Moyen‑Orient conserveront un statut de neutralité dans la guerre russo‑ukrainienne — mais pour Kiev, cette neutralité peut en réalité devenir utile si elle est transformée en accords économiques et de défense.

À quoi s'attendre ensuite

Le déploiement possible de sites de production dans le Golfe Persique est plus qu'une opération commerciale : c'est un pas stratégique qui combine l'exportation de technologies, la diversification des chaînes d'approvisionnement et le lobbying politique. Pour que cela profite à l'Ukraine, il faudra des garanties étatiques claires de contrôle, un schéma de licences convenu et des mécanismes de protection de la propriété intellectuelle.

La question reste pratique : ces déclarations se traduiront‑elles par des contrats signés qui fourniront aux forces armées ukrainiennes des outils concrets tout en protégeant les intérêts de la sécurité nationale ? De la réponse dépendra la mesure dans laquelle cette initiative renforcera notre résilience militaire et économique.

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