En bref
Les journalistes du projet «Схеми» (Радіо Свобода) ont vérifié des données provenant de registres russes et établi que : l'ancien chef de l'administration régionale de Louhansk et ancien chef du groupe parlementaire du Parti des régions, Oleksandr Yefremov, a obtenu un passeport russe le 22 décembre 2022. Ce détail a une incidence directe sur la capacité de la justice ukrainienne à le poursuivre.
Ce qu'ont découvert les journalistes
Selon l'enquête, Yefremov a quitté l'Ukraine au début de l'invasion à grande échelle en passant par la Slovaquie. Le passeport russe, recensé dans des fuites de bases de données, est le même document qui a été utilisé pour la gestion d'un compte dans une banque russe et pour le paiement des services de la chaîne de fitness WorldClass. Le service fédéral des impôts de la Fédération de Russie a également un numéro d'identification fiscale lié à ce passeport.
"Le 22 décembre 2022, le politicien a reçu un passeport russe"
— Le projet «Схеми» (Радіо Свобода)
Le bureau du procureur général confirme que des accusations pèsent contre Yefremov en Ukraine, notamment pour haute trahison et complicité dans la prise de bâtiments administratifs en 2014, mais l'affaire n'est pas close : les pièces qui devaient être transmises au tribunal sur le territoire contrôlé ont été perdues en raison de l'occupation, et le parquet recherche des sources supplémentaires de copies.
"Des mesures sont prises pour rechercher des sources supplémentaires permettant d'obtenir des copies des documents perdus"
— Le bureau du procureur général
Les travaux journalistiques indiquent aussi que la famille Yefremov possède des biens immobiliers à Moscou d'une valeur d'environ 4 millions de dollars, et qu'en novembre 2024 le président Zelensky a privé Yefremov de ses décorations d'État. L'ancien député lui-même n'a pas répondu aux demandes et aux appels des «Схеми».
Pourquoi c'est important pour l'affaire
La citoyenneté russe et la localisation effective compliquent considérablement la capacité des institutions ukrainiennes à mener des actions procédurales : auditions, notification des mises en cause, extradition. Lorsqu'un prévenu a une autre nationalité et se trouve sur le territoire de l'État agresseur, les mécanismes judiciaires traditionnels sont bloqués.
Les registres vérifiés — la clé de la pression internationale. Les données publiques sur le passeport et le numéro fiscal rendent l'affaire vérifiable auprès des partenaires étrangers et peuvent constituer une base pour des sanctions, le gel d'avoirs et d'autres mesures juridiques à l'étranger.
Conséquences pratiques et options d'action
L'analyse des voies juridiques identifie plusieurs axes : renforcement de la pression informationnelle et diplomatique, coopération internationale dans le cadre des sanctions et du suivi financier, ainsi que la recherche de copies des preuves disparues pendant l'occupation temporaire. Pour obtenir des résultats, il ne suffit pas d'avoir des données ouvertes — il faut aussi coordonner l'enquête avec des partenaires capables d'appliquer des instruments contraignants.
Résumé
La découverte du passeport et du numéro fiscal est une étape factuelle importante, mais elle n'entraîne pas automatiquement une responsabilité juridique. La question est de savoir si ces données seront transformées en un travail systémique : de la recherche des pièces perdues aux démarches internationales pour le gel des avoirs et la mise en cause. La capacité du système à le faire déterminera l'issue de cette affaire.