Ce qui a été annoncé
Selon Bloomberg, Alphabet Inc. prévoit d'émettre des obligations centenaires très rares dans le cadre d'une opération à plusieurs tranches. Ce serait la première vente d'obligations d'entreprise à cent ans par une société technologique depuis la fin des années 1990 — le dernier exemple comparable remonterait à Motorola en 1997. L'annonce s'accompagne d'une vente d'actions en dollars et de projets d'émissions en francs suisses.
En bref : les chiffres
Alphabet n'est pas seulement revenue sur le marché de la dette après une importante émission en novembre 2025 (17,5 milliards de dollars) : la société a aussi annoncé que ses dépenses d'investissement cette année pourraient atteindre 185 milliards de dollars — soit le double de l'an dernier. Les obligations centenaires, selon des sources, seront libellées en livres sterling ; l'opération pourrait être conclue dès le 10 février.
Pourquoi la société franchit ce pas
La stratégie est logique au regard des investissements dans l'IA : un financement à long terme permet de fixer le coût du capital pour des décennies et d'éviter les fluctuations cycliques des marchés lors de la réalisation de projets d'envergure et fortement capitalistiques. Par ailleurs, l'approche multidevise (GBP, USD, CHF) élargit le cercle des investisseurs potentiels et réduit les risques liés à la dépendance à un seul marché.
"Ils veulent attirer tous les investisseurs possibles : des acteurs du financement structuré aux investisseurs spécialisés dans les obligations ultra‑longues"
— Gordon Kerr, stratège macroéconomique européen chez KBRA
Qui achètera les obligations centenaires
En pratique, les principaux acheteurs de ce type de titres sont généralement les fonds de pension et les compagnies d'assurance, qui ont besoin d'instruments pour couvrir des engagements à long terme. Le marché de la livre a attiré ces dernières années des émetteurs en raison de la demande des fonds britanniques, mais en dehors des émetteurs souverains, seules quelques émissions similaires ont été réalisées en 2021 : EDF, l'Université d'Oxford et le Wellcome Trust.
Risques et détails techniques
La durée d'un siècle rend ces obligations très sensibles aux variations des taux d'intérêt : de ce fait, ces titres sont souvent cotés en dessous de leur valeur nominale (par exemple, une des émissions du Wellcome Trust avait, à un moment donné, été valorisée autour de 44,6 pence par livre). Pour l'émetteur, il s'agit d'un moyen de sécuriser des ressources à long terme ; pour l'investisseur, d'une couverture des engagements à long terme, mais avec le risque évident de fluctuations des taux.
Ce que cela signifie pour l'Ukraine
Cette initiative d'Alphabet s'inscrit dans un cadre plus large : les géants technologiques mondiaux posent les bases financières d'un leadership à long terme dans l'IA. Pour l'Ukraine, cela comporte plusieurs conséquences.
D'une part, la concurrence pour les talents et les partenariats s'intensifie : les grands projets attirent capitaux et attention, ce qui ouvre à la fois des risques (fuite des talents) et des opportunités pour les startups ukrainiennes et les centres de recherche de collaborer en tant que sous-traitants ou partenaires.
D'autre part, l'augmentation des investissements dans l'IA influence les technologies de défense : le financement à long terme signifie que adversaires et partenaires construiront des écosystèmes technologiques pour des décennies. Cela souligne la nécessité pour l'Ukraine d'accélérer ses investissements dans ses propres applications d'IA pour la défense et la cybersécurité, ainsi que de renforcer ses liens avec les acteurs occidentaux.
Conclusion
Les obligations centenaires d'Alphabet ne sont pas une astuce, mais un outil de financement stratégique à long terme. Pour les marchés, c'est un signal de la volonté des leaders technologiques d'investir dans l'avenir pour un siècle ; pour l'Ukraine, un rappel que la compétition technologique repose sur des moyens financiers, et que l'adaptation de l'économie et de l'infrastructure de défense ukrainiennes à ces réalités est une priorité. Saurons‑nous mobiliser ces flux mondiaux de capitaux au service de notre développement et de notre sécurité ? C'est une question de décisions pratiques que doivent affronter aujourd'hui le gouvernement et les entreprises.