Vagues silencieuses : pourquoi cette dépense mérite l'attention
La société EDF, qui construit la centrale nucléaire Hinkley Point C au Royaume-Uni, prévoit d'investir environ 700 millions de livres sterling dans un système acoustique sous-marin et des mesures connexes pour éloigner les poissons des prises d'eau. Cela représente environ 1,5 % des coûts totaux du projet, estimés à 46 milliards de livres. La décision a été rapportée par The Guardian.
Ce qui sera installé
Le plan prévoit plus de 300 haut-parleurs sous-marins qui émettront des impulsions sonores, des embouts pour les prises d'eau afin de ralentir le débit et un système de retour des poissons qui seront néanmoins aspirés dans le flux de refroidissement. Dans les médias, cette configuration a déjà été surnommée « discothèque pour poissons » — un terme qui s'est imposé dans les descriptions de la solution.
« Le système est déjà surnommé en plaisantant ‘discothèque pour poissons’ — c’est une façon d’expliquer la combinaison complexe d’acoustique et de solutions d’ingénierie. »
— The Guardian
Pourquoi cela importe : écologie, réglementation, réputation
L'investissement ne vise pas seulement la préservation de la faune. Si le système fonctionne comme prévu, il permettra de sauver chaque année environ 44 tonnes de poissons — l'équivalent de la prise annuelle d'un petit bateau de pêche. En parallèle, cela évite la création de 900 acres de marais salés compensatoires, qui faisaient partie des plans antérieurs. Pour l'exploitant, cela signifie moins de temps et de terres consacrés aux compensations écologiques et une réduction des risques réputationnels.
« Cette décision permettra à la centrale d'atteindre l'un des niveaux de protection des poissons les plus élevés au monde, en combinant acoustique et mesures d'ingénierie. »
— EDF (service de presse)
Le coût et l'impact sur le programme énergétique
700 millions de livres — c'est une somme importante, mais à l'échelle de 46 milliards, c'est un outil de gestion des risques. Les régulateurs, les organisations environnementales et les communautés locales retardent ou bloquent souvent les grands projets d'infrastructure par crainte pour les écosystèmes. Investir dans des technologies préventives peut réduire le temps d'approbation, diminuer le besoin de compensations foncières et accélérer la mise en service des capacités — et ainsi renforcer la stabilité énergétique du pays.
Ce que cela signifie pour nous (leçon pour l'Ukraine)
Trois enseignements pratiques sont à retenir :
- La prévention coûte plus cher que la réaction : investir dans des solutions écologiques dès la phase de conception permet d'économiser du temps et des terrains par la suite.
- La technologie peut devenir une norme : si les systèmes acoustiques sous-marins prouvent leur efficacité, ils remplaceront en partie les travaux de compensation dans les ports et les projets côtiers.
- L'indépendance énergétique exige des compromis : pour assurer une production à grande échelle et fiable, il faut prévoir des dépenses visant à minimiser l'impact sur l'environnement.
Conclusion
L'investissement d'EDF n'est pas seulement une expérimentation technologique, mais une approche civilisée pour concilier sécurité énergétique et protection de la nature. Si la solution fonctionne, elle instaurera une pratique où les grands projets énergétiques paient non seulement pour la production, mais aussi pour la préservation des écosystèmes. Pour l'Ukraine, cela rappelle qu'après la guerre, la relance du secteur énergétique se jouera non seulement sur les turbines, mais aussi sur des investissements écologiques intelligents.
La question est maintenant posée aux politiques et aux concepteurs : sommes-nous prêts à intégrer de telles dépenses au stade de la conception pour éviter des compromis bien plus importants à l'avenir ?