Vue d'ensemble
Financial Times décrit une pratique inhabituelle dans les pôles de production du sud de la Chine : les fournisseurs de composants pour drones planifient les visites de manière à ce que les acheteurs ukrainiens et russes ne se croisent jamais dans le même atelier ou la même salle de conférence. Pour l'Ukraine, ce n'est pas une anecdote, mais un indicateur de dépendance et de vulnérabilité de la chaîne d'approvisionnement.
"Nos fournisseurs font des efforts pour gérer les clients ukrainiens et russes. Ils essaient de faire en sorte que nous ne soyons pas dans la même usine en même temps"
— Олександр Яковенко, fondateur de TAF Industries
Ce qui se passe
À des milliers de kilomètres du front, les réseaux d'achats ukrainiens et russes se rencontrent dans les parcs industriels du Guangdong et de Shenzhen. De petites entreprises qui fabriquent processeurs, caméras et moteurs coordonnent les plannings de visite et utilisent même des entrées latérales pour éviter que les parties ne se rencontrent en personne. Ce sont ces composants qui déterminent la portée de vol et la qualité d'image, et les équivalents chinois coûtent souvent environ un tiers moins cher que les occidentaux.
"Nous pouvons voir un nouvel émetteur vidéo sur des drones russes et comprendre immédiatement quelle entreprise en Chine l'a fabriqué... Ils disent : 'Très bien, nous pouvons vous le vendre aussi'"
— Олексій Бабенко, Vyriy Drone
Pourquoi cela importe pour l'Ukraine
Les drones sont un élément clé du combat moderne : selon certaines données, ils représentent environ trois quarts des pertes sur le front. Dans le même temps, l'industrie ukrainienne, selon Яковенко, reste dépendante de la Chine à hauteur d'environ 85% pour les drones FPV simples. Cela signifie que le progrès technologique et l'accès aux composants critiques accélèrent simultanément les deux camps du conflit.
De plus, des sources du renseignement occidental indiquent que le gouvernement chinois proclame formellement sa neutralité, mais permet aux acteurs commerciaux d'effectuer des opérations qui affaiblissent l'efficacité des sanctions occidentales : les Russes achètent parfois des lignes de production entières pour les transférer en Russie.
Comment réagit l'Ukraine et ce qu'il faut faire
La réponse officielle : localisation et diversification des approvisionnements. Le ministre de la transformation numérique Михайло Федоров a annoncé le 20 janvier des plans pour obtenir un équivalent du Mavic auprès de la société chinoise DJI, mais il s'agit d'une action ponctuelle et non d'une refonte systémique de la chaîne.
Ce qu'il faut accélérer : investissements dans les capacités de production nationales, programmes de substitution des importations pour les composants clés, coordination avec des partenaires sur des fournisseurs alternatifs et pression diplomatique sur certaines pratiques qui permettent de contourner les restrictions à l'exportation. Les experts soulignent : l'autonomie technique ne se limite pas à la fabrication de coques, mais surtout à l'indépendance vis‑à‑vis des composants électroniques critiques.
Conclusion
La Chine, dans ce cas, n'est pas simplement un marché : elle est devenue un nœud où se croisent les intérêts des concurrents. Cela renforce la nécessité pour l'Ukraine de transformer des décisions d'achat à court terme en une stratégie industrielle à long terme. Réussir à transformer cette dépendance en avantage dépend non seulement des usines et des investissements, mais aussi de la rapidité et de la systématicité avec lesquelles nous pourrons mobiliser des partenaires et mettre en place une autonomie technologique.