Ce qui s'est passé
Selon Reuters, qui cite trois sources, la Libye a ouvert son marché des carburants aux entreprises occidentales via une série d'appels d'offres. Vitol, Trafigura et TotalEnergies se sont vu attribuer les droits de fournir de l'essence et du diesel.
«Vitol s'est vu attribuer les droits de fournir 5–10 lots d'essence par mois et une partie des volumes de diesel»
— des traders proches des résultats des appels d'offres
Contexte : pourquoi c'est important
La Libye produit environ 1,4 million de barils par jour, mais dispose de capacités de raffinage limitées, de sorte que le pays dépend traditionnellement des importations de produits pétroliers. L'ouverture du marché aux traders occidentaux signifie que le carburant sera acheté principalement dans de grandes raffineries méditerranéennes, plutôt que chez des fournisseurs russes.
«Les exportations de carburant russe vers la Libye ont chuté à environ 5 000 barils par jour en 2026, alors qu'elles s'élevaient à environ 56 000 barils par jour en 2024–2025»
— analystes de Kpler
Conséquences pour la région et pour l'Ukraine
Premièrement, cela réduit la présence énergétique de la Russie en Méditerranée et grignote une part du marché qui assurait auparavant les flux et les liaisons logistiques pour les livraisons russes.
Deuxièmement, le renforcement du rôle des raffineries européennes — notamment ISAB et Sarroch, d'où proviennent les livraisons vers la Libye — augmente l'importance des routes méditerranéennes et des grands traders comme garantie de la stabilité des approvisionnements.
Troisièmement, pour l'Ukraine, c'est un signal : le renforcement des liens commerciaux dans la région et la diversification des approvisionnements peuvent affaiblir la capacité de la Russie à utiliser l'énergie comme instrument de pression, et créent des opportunités logistiques pour la coopération dans la fourniture d'énergies.
Concrètement, cela se voit déjà : en juin 2024, l'Ukraine a importé pour la première fois du gaz liquéfié depuis la Libye — l'importateur était la société d'Odessa Dankor Trade, ce qui témoigne de liens commerciaux réels entre les pays.
Risques et limites
La réforme énergétique libyenne est en cours. La première mise aux enchères pour l'exploration depuis 2007 ouvre des perspectives de ressources, mais les infrastructures de raffinage et l'instabilité politique intérieure demeurent des facteurs limitants.
De plus, un remplacement partiel des approvisionnements ne signifie pas une chute instantanée de l'influence russe : la logistique, les contrats et les liens politiques évoluent progressivement.
Conclusion
L'engagement des grands traders occidentaux sur le marché libyen du carburant n'est pas seulement une opération commerciale, mais aussi un signal géoéconomique. Il réduit la présence russe dans les livraisons à la Libye, renforce le rôle des raffineries méditerranéennes et crée de nouvelles liaisons commerciales susceptibles d'être utiles à la sécurité énergétique de l'Ukraine. Toutefois, un changement complet de la donne exigera du temps, des investissements dans les capacités de raffinage et la stabilisation des institutions libyennes elles-mêmes.