Ce qui s'est passé
La société indienne Reliance Industries Ltd, propriétaire du plus grand complexe de raffinage au monde, a de nouveau affrété en février et mars des pétroliers chargés de pétrole russe après une pause d'un mois, rapporte Reuters en citant des sources informées. La dernière fois que l'entreprise avait reçu du pétrole russe remontait à décembre.
Reliance dispose d'un accord à long terme avec Rosneft pour 500 000 barils par jour destinés à une raffinerie dans l'État du Gujarat ; la capacité totale de son complexe est de 1,4 million de barils par jour. Le groupe exploite deux raffineries et, selon ses explications, prévoit de raffiner la matière première russe dans l'usine destinée au marché intérieur, en conservant la seconde pour l'exportation.
Pourquoi c'est important
Le retour de Reliance revêt plusieurs dimensions. D'une part, il indique que la demande pour le pétrole russe bon marché parmi les grands raffineurs demeure. D'autre part, il constitue un véritable test pour les mécanismes de contrôle du régime de sanctions de l'UE.
« À partir du 21 janvier, l'UE n'acceptera pas de carburant produit dans des raffineries ayant reçu ou raffiné du pétrole russe au cours des 60 jours précédant la date d'expédition. »
— Union européenne, déclaration officielle
La règle des « 60 jours » remet en question les plans d'exportation des entreprises qui traitent simultanément du brut russe au sein d'une même infrastructure. C'est pourquoi Reliance met l'accent sur la séparation des flux entre ses deux raffineries.
Conséquences pour le marché et pour l'Ukraine
À court terme, des livraisons supplémentaires peuvent freiner la hausse des prix du pétrole. Cependant, l'effet structurel des sanctions sur les recettes pétrolières russes demeure : selon des estimations préliminaires de Reuters, les recettes pétrolières de la Russie auraient pu chuter d'environ 46 % en janvier en raison de la baisse des prix et du renforcement du rouble.
Pour l'Ukraine, la question clé n'est pas tant le prix des carburants que l'efficacité des sanctions et la transparence des chaînes d'approvisionnement. Si les possibilités de contournement des restrictions augmentent, la pression destinée à limiter les flux financiers finançant la guerre diminue.
« Nous raffinerons le pétrole russe dans l'usine destinée au marché intérieur. Cela permettra de continuer à fournir du carburant à l'UE depuis la seconde raffinerie, orientée vers l'exportation. »
— Reliance Industries, service de presse
Brève prévision
Les raisons du retour sont simples et rationnelles : les bénéfices économiques liés au rabais sur le pétrole russe et le besoin de matières premières pour de grandes capacités de raffinage. Toutefois, la suite dépendra de la fermeté du contrôle de l'UE et de ses partenaires. L'Ukraine devrait se concentrer sur deux axes : obtenir un suivi transparent des approvisionnements et renforcer la coordination internationale des sanctions — car c'est bien cela qui limite les possibilités de l'agresseur à financer la guerre.