En bref — pourquoi c'est important
La décision du CIO touche plus qu’un seul athlète : elle soulève la question de la manière dont le souvenir des morts s’articule avec l’apolitisme des compétitions internationales. Pour l’Ukraine, c’est un nœud symbolique entre le droit au recueillement et le règlement qui exige la neutralité de l’arène.
Ce qu'a décidé le CIO
Le 10 février, le Comité international olympique a annoncé que le skeletoneur ukrainien Vladyslav Heraskevych ne pourrait pas utiliser son « casque commémoratif » lors des compétitions, mais qu’il était autorisé à porter un bandeau noir en alternative. L’agence Reuters a rendu compte de la décision.
«Nous avons tenté d’aborder son souhait avec compassion. Le CIO comprend pleinement le désir des athlètes d’honorer la mémoire des amis qui ont perdu la vie dans ce conflit»
— Mark Adams, porte-parole du CIO
Pourquoi le casque a été jugé problématique
Le CIO se réfère à la règle 50.2 de la Charte olympique, qui interdit les démonstrations de nature politique, religieuse ou raciale sur les sites sportifs et les podiums. Selon l’interprétation du comité, un casque orné d’images des personnes décédées peut créer un contexte politique pendant la compétition ; son utilisation après le début des épreuves officielles est donc interdite.
Les juristes du droit sportif affirment que ces interprétations feront toujours un équilibre entre la liberté d’expression des athlètes et la volonté des organisations internationales de préserver la neutralité des compétitions. Dans ce cas, le CIO a choisi une option de compromis — autoriser une forme de commémoration symbolique et moins expressive.
Réaction de l'Ukraine
Heraskevych, athlète de 27 ans, qui s’entraînait en Italie avec un casque portant les portraits d’athlètes ukrainiens tués à la suite de l’agression russe, a exprimé son mécontentement — la demande du Comité olympique national d’Ukraine en faveur de l’utilisation du casque a été rejetée.
«C’est un traitement injuste. Je ne vois aucune violation de la règle 50. Ce n’est pas de la propagande discriminatoire, ce n’est pas de la propagande politique»
— Vladyslav Heraskevych, skeletoneur ukrainien
Le président de l’Ukraine a remercié l’athlète de «rappeler au monde le prix de notre lutte», et le Comité olympique national d’Ukraine s’était adressé au CIO pour demander l’autorisation du casque. Le CIO, en revanche, a choisi une option moins controversée — le bandeau noir.
Et après : conséquences et risques
Cet épisode a plusieurs conséquences pratiques : d’une part, il crée un précédent dans l’interprétation de la règle 50.2 concernant les symboles commémoratifs ; d’autre part, c’est un signal pour les autres athlètes qui souhaitent des hommages publics — des compromis sont possibles, mais la forme sera limitée.
Pour l’Ukraine, la décision est à la fois symbolique et pragmatique : le bandeau noir permet de préserver la mémoire sans entrer en conflit ouvert avec le règlement olympique. Reste cependant la question de la pratique à long terme : les règles concernant les commémorations non militaires seront-elles révisées sous la pression des États et de l’opinion publique, ou ces cas resteront-ils isolés ?
Pour l’instant, cela ressemble à une victoire tactique sur le plan émotionnel et à une concession partielle sur le plan institutionnel. La prochaine étape pour la partie ukrainienne est de faire valoir la valeur de tels hommages dans des formats qui ne contreviennent pas aux règlements sportifs tout en préservant la dignité de la mémoire.