En diplomatie d'envergure, ce ne sont pas les déclarations tonitruantes qui comptent, mais les décisions discrètes
La Norvège a refusé de devenir membre du «Conseil de la paix» — une initiative du président américain Donald Trump visant à régler le conflit dans la bande de Gaza et potentiellement d'autres crises. C'est ce qu'a déclaré le vice-ministre des Affaires étrangères Andreas Motsfeldt Kravik dans une interview au podcast Aftenpodden. La décision a du poids non seulement en tant que refus isolé : elle met en lumière des risques juridiques et politiques qui peuvent également concerner l'Ukraine.
Pourquoi la Norvège a refusé
Kravik a clairement indiqué le principal obstacle : la Norvège ne peut pas rejoindre une structure qui remet en cause le rôle de l'ONU et les principes établis du droit international. Selon lui, le statut du Conseil prévoit un mandat bien plus large que le seul travail sur la paix à long terme à Gaza, et cela crée un précédent.
«Il est parfaitement évident que nous ne pouvons pas faire partie d'une structure qui remet en cause le rôle de l'ONU et le droit international existant. Ce serait absolument impossible pour nous. Et pas seulement pour nous, mais aussi pour la grande majorité des pays qui placent l'ONU et le droit international au cœur de leur politique étrangère.»
— Andreas Motsfeldt Kravik, vice-ministre des Affaires étrangères de Norvège
Contexte supplémentaire : Bloomberg rapporte que Trump a invité environ 50 pays, mais que tous n'ont pas confirmé leur participation, et qu'un siège permanent serait assorti d'un montant de 1 milliard de dollars. Le Financial Times ajoute que Trump prévoit un Conseil de la paix similaire pour l'Ukraine, et que des représentants de la Russie recevraient également une invitation.
Qui d'autre refuse et pourquoi c'est important
La France a déjà annoncé qu'elle ne se joindrait pas — en partie en raison de l'inclusion de la Russie et de la Biélorussie sur la liste. Cette série de refus fait office de signal : le milieu diplomatique penche de plus en plus vers l'idée que la création de forums parallèles à la légitimité douteuse mine le rôle des institutions multilatérales.
Ce que cela signifie pour l'Ukraine
Pour nous, l'enjeu n'est pas seulement symbolique. Si l'on prévoit des forums post-conflit hors mandat de l'ONU — et si, parallèlement, on offre une plateforme aux États agresseurs — cela crée des risques de normalisation d'approches qui affaiblissent les mécanismes de responsabilité et la répartition de l'aide. Autrement dit : si l'on peut contourner l'ONU aujourd'hui pour Gaza, demain il pourrait être tentant de faire de même dans d'autres crises, y compris en ce qui concerne l'Ukraine.
Conclusion
Le refus norvégien est un test de la résilience de l'ordre international : les partenaires sont-ils prêts à défendre le rôle de l'ONU et du droit international, même lorsque surgissent des initiatives alternatives politiquement avantageuses ? Pour l'Ukraine, c'est un signal — être vigilante quant aux formats dans lesquels sont traitées les questions de paix et de sécurité, et insister sur des mécanismes transparents plutôt que sur des forums de communication rapide.
Ensuite — aux partenaires : les déclarations doivent se transformer en règles claires de participation et de responsabilité. Sinon, le risque de précédent augmente — ce qui affectera la confiance dans le système international, que l'Ukraine contribue aujourd'hui à défendre.