Le casque de la mémoire a empêché le départ : comment la décision du CIO se répercutera sur le sport ukrainien

Mettons les émotions de côté et analysons les faits : la disqualification de Vladyslav Heraskevych ne concerne pas seulement les règles, mais la manière dont le monde perçoit notre mémoire.

72
Partager:
Владислав Гераскевич у "шоломі пам'яті" (Фото: EPA / ANDREA SOLERO)

Ce qui s'est passé

Le skeletonneur ukrainien Владислав Гераскевич n'a pas été autorisé à prendre le départ à Cortina le 12 février 2026. Officiellement, la décision a été prise par le jury de la Fédération internationale de bobsleigh et de skeleton (IBSF) : le casque de l'athlète «ne respectait pas les règles» et, en raison du refus de l'athlète de suivre les directives, il lui a été interdit de commencer sa course.

"Ayant obtenu une dernière chance, le skeletonneur Владислав Гераскевич d'Ukraine ne pourra pas entamer sa course aux Jeux olympiques d'hiver 2026 à Milan-Cortina ce matin. Cette décision a été prise après son refus de se conformer aux principes directeurs du CIO concernant l'expression des athlètes."

— Communiqué officiel des Jeux olympiques / IBSF

Positions des parties

Selon les organisateurs et la fédération, des alternatives avaient été proposées à l'athlète : montrer le casque lors des entraînements ou le présenter dans la zone mixte après la compétition. Le 10 février, le CIO a autorisé l'utilisation d'un bandeau noir comme compromis. Гераскевич, selon les informations, "n'a envisagé aucune forme de compromis".

"C'est le prix de notre dignité."

— Владислав Гераскевич, skeletonneur (Instagram)

Le Comité national olympique d'Ukraine (CNO) a demandé au CIO de permettre la compétition avec le casque, et le président ukrainien a remercié l'athlète «pour rappeler au monde le prix de notre lutte» — ce qui ajoute à l'affaire une dimension politique et morale au‑delà des seules règles sportives.

Pourquoi c'est important

Il y a deux dimensions liées : d'une part, les institutions sportives internationales cherchent à éviter les messages politiques dans les compétitions — logique de neutralité et d'uniformisation des règles. D'autre part, pour l'Ukraine et de nombreux Ukrainiens, il ne s'agit pas d'un simple symbole — c'est un rappel des morts et de la guerre qui affecte la vie, le sport et les infrastructures. C'est là que surgit le conflit de valeurs : règles universelles contre mémoire locale.

Chronologie des étapes clés

  • 9 février — Гераскевич a annoncé l'interdiction du casque portant les noms des morts ; le président a remercié pour le rappel au monde du prix de la lutte.
  • 10 février — Le CIO n'a autorisé qu'un bandeau noir ; le casque en compétition est interdit.
  • 12 février — L'IBSF a décidé de ne pas autoriser l'athlète à prendre le départ en raison de son refus de se conformer aux règles.

Et après ?

Cette affaire pourrait avoir plusieurs conséquences : une pression internationale accrue sur le CIO et les fédérations pour assouplir les règles dans les cas de mémoire symbolique ; un renforcement de la solidarité intérieure autour de l'athlète ; d'éventuels appels de la part du CNO d'Ukraine. Parallèlement, le sport restera un terrain de bataille pour les symboles — et la manière dont les institutions internationales trancheront ce type de cas affectera non seulement la réputation des organisations, mais aussi la perception de la vérité ukrainienne dans le monde.

La question qui demeure : les institutions sportives internationales pourront‑elles trouver un équilibre entre le principe de neutralité et le droit à la mémoire, lorsque derrière les symboles se trouvent des pertes humaines et un traumatisme national ?

Actualités du monde