La Hongrie bloque le 20e paquet de sanctions à cause de «Droujba» — l'approvisionnement en énergie de l'Ukraine sous pression

Budapest a conditionné son soutien aux sanctions au rétablissement du transit pétrolier et a en même temps promis «d'agir avec prudence» en ce qui concerne l'approvisionnement en électricité de l'Ukraine. Cela rebat les cartes des priorités énergétiques et politiques dans la région — nous expliquons pourquoi c'est important maintenant.

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Віктор Орбан (Фото: NICOLAS TUCAT / EPA)

Ce qui s'est passé

La Hongrie a annoncé qu'elle ne soutiendrait pas le 20e paquet de sanctions de l'UE contre la Russie tant que le transit du pétrole russe via le oléoduc «Droujba» ne sera pas rétabli. Les déclarations officielles sont liées à l'incident du 27 janvier lorsque, selon les autorités hongroises, une installation dans l'ouest de l'Ukraine liée au transit pétrolier a été endommagée.

La décision a affecté les plans de l'UE : de nouvelles restrictions devaient être adoptées le 23 février, mais le soutien de Budapest fait défaut. Parallèlement, les autorités hongroises ont déclaré que sur les questions d'approvisionnement énergétique à destination de l'Ukraine elles «agiront désormais avec prudence» — des propos qui placent en pratique Kiev dans une dépendance énergétique vis‑à‑vis des accords politiques avec son voisin.

La position de Budapest

"Des relations normales reviendront après la reprise du transit pétrolier."

— Viktor Orbán, Premier ministre de la Hongrie

Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a précisé qu'«il s'agit précisément de l'approvisionnement en électricité». En janvier, les livraisons hongroises représentaient environ 45 % des importations d'électricité de l'Ukraine — ce qui fait des déclarations de Budapest non seulement une rhétorique diplomatique, mais aussi un véritable instrument d'influence.

Contexte et conséquences

La Hongrie a déjà bloqué d'autres mécanismes de soutien à l'Ukraine : en particulier, elle s'était abstenue de fournir le prêt préférentiel de l'UE de 90 milliards d'euros et, avec la Slovaquie, a interrompu l'exportation de gazole. Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a également menacé d'arrêter les livraisons d'électricité à l'Ukraine si le transit n'était pas rétabli d'ici le 23 février.

Kiev rejette les ultimatums et propose des itinéraires alternatifs pour l'approvisionnement en pétrole. Dans le même temps, Bruxelles assure que, à court terme, aucun risque sérieux pour la sécurité des approvisionnements n'est apparent : il existe des stocks et des mécanismes en cas d'urgence.

"Bruxelles ne voit pas de risques à court terme pour les approvisionnements, car les pays disposent de réserves de 90 jours en cas d'urgence."

— Anna‑Kaisa Ikonen, porte‑parole de la Commission européenne

Pourquoi c'est important pour l'Ukraine

La pression énergétique a non seulement des conséquences économiques, mais aussi militaires. Dans le calendrier économique ukrainien figurent des paiements et des tranches dont dépendent également les commandes de défense. En décembre 2025, Volodymyr Zelensky avait averti que sans la tranche de l'UE la production de drones pourrait chuter sensiblement ; cela signifierait une diminution de la capacité à porter des frappes de longue portée sur des installations critiques de l'ennemi.

Autrement dit, les leviers énergétiques que les voisins utilisent aujourd'hui se traduisent directement par une corrélation avec les capacités de combat sur le front et avec la stabilité financière de l'État.

Options de réponse

Parmi les mesures à court terme pour Kiev et ses partenaires : la diversification des routes d'approvisionnement en énergie, l'accélération des importations depuis d'autres sources, ainsi qu'une pression politique via la coordination avec l'UE et les alliés transatlantiques. À titre d'exemple, des experts et analystes soulignent que les décisions, à la frontière entre politique et énergie, se prennent dans les coulisses diplomatiques, où le résultat dépend de la combinaison de la pression des sanctions et de propositions de solutions alternatives.

Et ensuite ?

Il ne s'agit pas simplement d'un conflit autour d'un oléoduc — c'est un test sur la mesure dans laquelle la dépendance énergétique peut devenir un instrument de chantage dans la région. La balle est désormais dans le camp des partenaires : ces déclarations se traduiront‑elles par des mesures concrètes de diversification et de soutien financier qui réduiront les risques pour le front et pour l'économie ?

En bref : Budapest a marqué son territoire en défendant ses intérêts, mais Kiev dispose d'instruments de riposte — de la diplomatie aux solutions techniques. Il faut agir vite et de manière prévisible afin que les questions énergétiques ne deviennent pas déterminantes pour la capacité de défense du pays.

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