Introduction : un retour discret à la réalité
Après un décembre record, lorsque des dizaines de milliers de véhicules électriques sont arrivés en Ukraine en raison des avantages fiscaux, janvier a apporté une correction brutale : le marché a chuté de plus de 11 fois. Ce n’est pas qu’une statistique — c’est la conséquence d’une décision gouvernementale qui a instantanément modifié l’équilibre entre ambitions écologiques et discipline budgétaire.
Ce qui s'est passé
Selon l’association Укравтопром, 2 873 véhicules électriques à batterie (BEV) ont été immatriculés en Ukraine en janvier. En décembre 2025, il y avait plus de 32 800 immatriculations — la demande a donc chuté d’environ 11,42 fois. Sur un an, janvier affiche une baisse de 21% par rapport au même mois de l’année précédente.
"En janvier, le parc automobile ukrainien s'est enrichi de 2 873 véhicules à batterie (BEV). Par rapport à décembre de l'année passée, la demande a diminué de 11,42 fois."
— Укравтопром
Qui a été touché
La plupart des BEV immatriculés en janvier sont des voitures particulières : 2 740 unités (neuves — 952, d’occasion — 1 788). On a enregistré 133 véhicules utilitaires électriques, dont 37 neufs. Les leaders des ventes du mois ont été des modèles BYD et plusieurs marques européennes/américaines (liste dans les données d’Укравтопром).
Contexte budgétaire : pourquoi les avantages ont été supprimés
Depuis le 1er janvier 2026, l’Ukraine a supprimé les exonérations de TVA à l’importation et à la vente des véhicules électriques — désormais, leur prix est majoré de 20% de TVA. Le droit d’importation reste nul, et l’accise a été fixée à 1 euro par 1 kW·h de batterie (environ 5 000 грн par véhicule), ce qui atténue partiellement l’impact sur le prix.
"D’après les estimations du Service national des douanes, l’Ukraine a perdu 36 milliards de грн de taxe sur la valeur ajoutée en raison de l’instauration du régime fiscal préférentiel pour les véhicules électriques."
— Державна митна служба
Selon la DMS, les pertes budgétaires ont augmenté : en 2022 elles s’élevaient à 2,8 milliards грн, et sur dix mois en 2025 — déjà 14,5 milliards грн. C’est cette dynamique que les autorités ont prise en compte en décidant de supprimer les avantages.
Effet sur le marché et sur l’acheteur
En 2025, le coût moyen d’un véhicule électrique importé s’élevait à environ 21 000 $ (environ 880 000 грн). On comptait toutefois quelques achats haut de gamme isolés — trois Rolls‑Royce Spectre pour un total de 56,4 millions грн, avec un avantage fiscal de 11,2 millions грн. Les principaux pays d’origine des importations restent la Chine (exportations pour 25 milliards грн au cours des dix premiers mois de 2025), les États‑Unis (14,8 milliards) et l’Allemagne (11,7 milliards).
Pour l’acheteur final, la suppression de la TVA signifie un renchérissement sensible d’une voiture électrique neuve. Cela orientera la demande vers le marché de l’occasion et rendra d’autant plus importantes l’accessibilité aux crédits, le leasing et les initiatives publiques pour maintenir la dynamique en faveur des véhicules électriques.
Et après : risques et opportunités
La décision du gouvernement est un compromis entre la nécessité fiscale et les objectifs climatiques/énergétiques. Si l’objectif est de réduire la pression sur le budget, le geste est logique. Si la priorité est une transformation rapide du parc automobile en faveur de l’indépendance énergétique et des transports propres, des mécanismes compensatoires sont nécessaires : aides ciblées aux ménages, incitations pour les infrastructures de recharge, programmes pour le transport commercial.
Conclusion
La chute brutale des immatriculations en janvier n’est pas qu’un pic statistique, mais un signal : le marché des véhicules électriques en Ukraine entre dans une nouvelle phase où l’enjeu est de trouver l’équilibre entre soutenabilité budgétaire et soutien à la transition verte. Sera‑t‑il question d’une correction temporaire ou d’un changement durable de trajectoire — cela dépendra des prochaines mesures du gouvernement et des partenaires : des programmes ciblés de soutien verront‑ils le jour et l’infrastructure pourra‑t‑elle tirer le meilleur parti du potentiel des VE pour la sécurité et la reprise économique du pays ?