La décision de la Rada et son importance
Le 10 mars, la Verkhovna Rada n'a pas adopté le projet de loi n°14025 sur la taxation des revenus perçus via les plateformes numériques. 168 députés ont voté en faveur du texte — pas assez pour son adoption, si bien que le projet a été totalement rejeté. Cette décision touche l'un des éléments clés du nouveau programme du Fonds monétaire international pour l'Ukraine.
En bref sur le projet
Le texte prévoyait la mise en œuvre des règles de l'OCDE concernant la déclaration des opérateurs de plateformes numériques et des dispositions de la directive du Conseil de l'UE 2021/514. Les opérateurs (Airbnb, Uber, Bolt, Uklon, OLX, etc.) devaient identifier les utilisateurs-vendeurs et transmettre des rapports au Service national des impôts — devenant de facto des agents fiscaux, afin que les utilisateurs n'aient pour la plupart pas à déclarer eux-mêmes leurs revenus.
Le système prévoyait deux taux d'impôt sur le revenu des personnes physiques : taux préférentiel 5% et taux général 18%. L'exonération s'appliquait sous plusieurs conditions : ouverture d'un compte bancaire séparé pour les revenus issus des plateformes, absence d'employés, interdiction du commerce de produits soumis à accises et revenu annuel jusqu'à 6,7 millions UAH (834 fois le salaire minimum). Des dispositions pour les petites ventes et un montant non imposable de 38 500 UAH par an étaient également prévues.
"Ce projet de loi ne vise pas à instaurer de nouveaux impôts. Ce projet de loi concerne l'octroi d'avantages pour les opérations de vente de biens. Aujourd'hui [de jure], chaque paire de chaussettes vendue est imposée. Nous proposons d'introduire une exonération de 2 000 euros par personne pour ces ventes sans aucun impôt, et si ce montant est dépassé, elle paierait 5% au lieu de 23%, comme c'est le cas actuellement"
— Danylo Hetmantsev, président du comité des impôts
Soutiens et objections
Certaines plateformes, notamment Uklon, Bolt, Uber et Glovo, ont exprimé leur soutien au projet, tandis qu'OLX a critiqué plusieurs dispositions. Le parlement n'a pas obtenu la majorité requise, si bien que la mise en œuvre des règles internationales de déclaration est reportée.
Conséquences : ce que cela signifie pour l'économie et la confiance des partenaires
L'échec du projet de loi affecte directement l'exécution d'un des "jalons" du programme du FMI pour l'Ukraine. Il ne s'agit pas seulement d'une question technique de fiscalité : c'est une question de confiance des partenaires internationaux et de la volonté du pays à mettre en œuvre les normes de l'OCDE et la législation européenne.
Pour les utilisateurs des plateformes, les conséquences sont doubles. D'une part, le rôle des plateformes en tant qu'agents fiscaux aurait pu simplifier les déclarations ; d'autre part, l'introduction de nouvelles règles crée des obligations supplémentaires pour les petits commerces en ligne et pour ceux qui complètent leurs revenus par des ventes sur Internet.
Le gouvernement et le parlement sont désormais confrontés à une tâche pratique : soit retravailler l'initiative afin de trouver un compromis politique qui tienne en votes, soit chercher d'autres mécanismes pour mettre en œuvre les normes sans perdre le soutien des partenaires internationaux. Reste à voir si cela fera évoluer l'approche des législateurs — cela se décidera lors des prochaines sessions, mais le temps et la confiance internationale sont des ressources limitées.