Une machine à écrire mécanique, un vélo Peugeot, des casseroles Le Creuset et un exemplaire du Kamasutra — ce n'est pas une vente de mobilier ancien, mais une partie du plan que Brigitte Bardot a mis en place bien avant sa propre mort. La vente aux enchères Drouot à Paris propose à la vente des objets provenant de deux maisons de l'actrice à Saint-Tropez et de son appartement parisien, et les fonds récoltés iront au fonds de défense des animaux qu'elle a fondé en 1986.
C'est là que réside le tournant inattendu de l'histoire : il ne s'agit pas d'une exposition d'adieu sentimentale, mais d'un mécanisme de financement d'une cause précise. Les prix de départ de la plupart des lots — jusqu'à 100 euros — signifient que les organisateurs rendent consciemment les objets accessibles plutôt que de transformer la vente aux enchères en un club fermé de collectionneurs.
Le quotidien d'une légende sans vernis
Parmi les lots figurent non seulement des portraits érotiques ou des bagues en diamants, qui s'associent naturellement à l'icône de la révolution sexuelle des années 1950. Les casseroles, les briquets, les statuettes religieuses et les ustensiles de cuisine révèlent un autre aspect — celui d'une femme qui a vécu pendant des décennies dans sa propre maison, et pas seulement à l'écran.
Deux paires de ballerines en cuir Repetto constituent une histoire à part. Bardot, ancienne danseuse professionnelle, avait autrefois demandé à la marque de créer une version décontractée du ballet classique — et a en fait lancé un modèle qui se vend encore par millions d'exemplaires dans le monde entier. C'est un cas rare où un caprice personnel d'une star s'est transformé en produit de masse.
Chaque objet mis en vente porte la trace d'une rencontre, d'une passion, d'un moment de bonheur ou d'une étape de sa vie. Ils racontent l'histoire d'une femme tout autant que celle d'une légende
C'est ainsi que le secrétaire de Bardot, Frank Guillot, a expliqué la logique de sélection des lots : la vente aux enchères ne tente pas de vendre une image, mais de montrer des fragments de la vie réelle.
Un héritage sans filtre
L'honnêteté exige ici de reconnaître : Bardot est une figure controversée. Symbole de la féminité et de la liberté sexuelle des années 1950-60, elle a ensuite reçu des amendes pour des propos racistes et a été critiquée pour des déclarations homophobes. La vente aux enchères ne tente pas de le cacher, mais n'y met pas non plus l'accent — l'attention se concentre sur les objets et non sur la biographie.
L'argent de la vente ira par deux voies : au fonds de défense des animaux auquel Bardot a consacré les dernières décennies de sa vie, et à son unique fils Nicolas-Jacques Charrier, qui recevra une partie de l'héritage. C'est un cas rare où les objets personnels d'une star après sa mort continuent de travailler pour la cause qu'elle a elle-même choisie, plutôt que de se transformer en pièces de musée.
La question qui reste ouverte : les prix de départ de 100 euros se maintiendront-ils après les enchères, ou le nom de Bardot, comme toujours, fera-t-il monter les sommes plusieurs fois — et sera-ce le signe d'un intérêt pour son héritage, ou d'un intérêt pour la marque « légende »?
