Ce qui s'est passé
Le 22 janvier, lors du Forum économique mondial de Davos, le président américain Donald Trump prévoit d'organiser une cérémonie de signature d'un accord créant ce que l'on appelle le Conseil de la paix. L'information a été rapportée par la chaîne ABC News, citant des interlocuteurs anonymes au sein de l'administration américaine.
"Je pense que plus de 20, peut‑être 25 dirigeants mondiaux ont déjà accepté cette proposition"
— Steve Witkoff, envoyé spécial des États‑Unis (d'après ABC News)
Qui a déjà accepté et qui a hésité
Selon l'administration, plus de 50 dirigeants ont été invités ; parmi ceux qui auraient apparemment accepté figurent Israël, le Kosovo, les Émirats arabes unis, la Hongrie, la Biélorussie, l'Azerbaïdjan, l'Égypte, l'Arménie, la Turquie, le Pakistan, le Qatar, la Jordanie et d'autres. L'Ukraine figure également sur la liste des invités.
En revanche, des alliés européens majeurs, dont la France, la Norvège et la Suède, ont soit décliné, soit exprimé d'importantes réserves. L'Allemagne, le Royaume‑Uni et l'Italie se sont abstenus d'adopter une position tranchée.
Forme et contenu : projet de statuts et conditions financières
Une copie du projet de statuts, consultée par ABC, décrit le Conseil comme une organisation internationale dotée de larges prérogatives de maintien de la paix — en pratique une alternative aux mécanismes de l'ONU. Le document évoque aussi la possibilité que Trump préside le Conseil et puisse potentiellement rester à ce poste pendant une longue période.
"Je pense que le Conseil de la paix sera le conseil le plus prestigieux de toute l'histoire, et il accomplira beaucoup du travail que l'ONU aurait dû accomplir..."
— Donald Trump, président des États‑Unis (citation du 21 janvier)
Le projet prévoit un mandat de trois ans pour les membres, et un statut de membre permanent pourrait être accordé à un État qui verserait 1 milliard de dollars en espèces au cours de la première année. Les responsables américains qualifient ces contributions de "volontaires", mais promettent parallèlement "les mécanismes de contrôle et de surveillance financière les plus élevés".
Réaction du milieu d'experts et principaux risques
Les analystes pointent trois raisons simples de scepticisme : politisation des mandats de maintien de la paix, levier financier (seuil élevé pour le statut permanent) et la potentielle structuration parallèle de l'autorité en dehors de l'ONU. Une telle architecture pourrait renforcer la position des pays cherchant des solutions bilatérales rapides, mais affaiblir les normes multilatérales qui sont cruciales pour les États en matière d'intégrité territoriale et de respect du droit international — en particulier pour l'Ukraine.
Ce que cela signifie pour l'Ukraine
L'Ukraine a reçu une invitation — c'est un fait. Rejoindre le Conseil pourrait apporter un soutien politique et ouvrir de nouveaux canaux de partenariat, mais soulève aussi plusieurs questions : la nouvelle structure ne sapera‑t‑elle pas les principes de l'ONU qui consacrent la souveraineté et l'irrévocabilité des régimes de sanctions ; quelles garanties de transparence financière seront mises en place ; le statut au sein de ce Conseil ne sera‑t‑il pas utilisé pour légitimer des États au comportement douteux ?
Approche pratique pour l'Ukraine : considérer la participation comme un outil, mais exiger des garde‑fous clairs : transparence financière, protection contre la politisation des mandats et mécanismes qui ne portent pas atteinte aux décisions du Conseil de sécurité de l'ONU ni aux normes juridiques internationales existantes.
À suivre
- la liste définitive des signataires à Davos ; - la position des partenaires clés de l'UE et de l'OTAN (s'ils se joindront ultérieurement) ; - le texte final des statuts et les dispositions relatives aux prérogatives du Conseil ; - les mécanismes de contrôle financier et les critères pour le « statut de membre permanent ».
Conclusion
L'initiative de Trump a le potentiel de modifier l'équilibre des instruments de la diplomatie internationale — mais si cela se traduira par davantage de sécurité ou par une fragmentation de l'ordre mondial dépendra des détails. L'Ukraine ferait bien d'agir avec prudence : ne pas exclure des canaux de soutien supplémentaires, mais exiger des règles du jeu qui ne renforcent pas l'instabilité géopolitique et ne saperont pas les principales normes du droit international.
La question qui demeure : les participants parviendront‑ils à s'entendre sur des règles transparentes pour que la nouvelle institution devienne un instrument additionnel de sécurité, et non un prétexte à l'affaiblissement de l'ordre multilatéral ?