SoftServe a annoncé l'embauche d'environ 100 spécialistes dans le domaine de la robotique et de l'automatisation avancée. Certains postes sont en Ukraine. À première vue, il s'agit d'une nouvelle d'ordre corporatif sur la croissance. En réalité, c'est un symptôme d'un changement structurel dans ce que commandent réellement les grands clients industriels.
Pourquoi maintenant
Le directeur de la direction Liubomyr Demkiv explique la demande de manière concrète :
« Pour l'un de nos clients, nous avons développé une solution qui a réduit le temps de simulation d'une chaîne de production de plusieurs heures à cinq minutes par cycle ».
— Liubomyr Demkiv, Directeur de la robotique et de l'automatisation avancée, SoftServe
Ce n'est pas du marketing — c'est l'explication de la raison pour laquelle les entreprises paient pour l'automatisation : non pas pour remplacer les gens de façon abstraite, mais pour réduire le temps écoulé entre la conception et le lancement des équipements réels.
Selon les prévisions de Gartner, d'ici 2028, cinq des dix principaux fournisseurs d'IA auront des produits dans la catégorie Physical AI, et 80 % des entrepôts utiliseront des robots ou l'automatisation. SoftServe est déjà partenaire officiel de NVIDIA dans ce domaine — notamment grâce à l'intégration des technologies des jumeaux numériques et des simulations Isaac Sim.
Une pénurie qui rend l'embauche difficile
Le problème, c'est que ces spécialistes manquent au niveau mondial. Selon les données du marché du travail, la demande d'ingénieurs en IA/ML en Ukraine a augmenté de 88 % d'une année sur l'autre — et la robotique entraîne avec elle une spécialisation encore plus étroite : connaissance de ROS, de la vision par ordinateur, du reinforcement learning et des protocoles industriels à la fois. SoftServe recherche principalement des senior et au-delà, mais est ouverte aussi aux middle et junior — ce qui en soi est un signal : l'entreprise est prête à former ses talents, pas seulement à en débaucher.
L'Ukraine comme partie du pipeline mondial
Le fait que une partie de l'embauche se fasse en Ukraine en pleine invasion à grande échelle — ce n'est pas de la charité ni des relations publiques. C'est du pragmatisme : les ingénieurs ukrainiens sont moins chers que leurs homologues américains (le salaire moyen d'un ingénieur en robotique aux États-Unis est de 85 000 à 100 000 dollars par an), possèdent une solide base technique et sont déjà intégrés dans des projets orientés vers l'Occident. Selon les estimations du marché, les rôles orientés vers l'Occident offrent aux développeurs ukrainiens 40 à 80 % de plus que le marché interne.
- Ce qu'ils cherchent : ingénieurs ROS/ROS2, ML pour robotique, vision par ordinateur, jumeaux numériques, automatisation industrielle
- Niveau : principalement senior+, mais aussi middle et junior
- Géographie : mondiale, y compris l'Ukraine
- Base de partenaires : NVIDIA, Wandelbots — pour les simulations et la robotisation flexible des productions
Le marché mondial de la robotique devrait atteindre plus de 200 milliards de dollars d'ici 2030 — et la pénurie de personnel qualifié est déjà l'un des facteurs qui ralentit cette croissance.
Si SoftServe pourvoît ces 100 postes au cours des « prochains mois » annoncés — ce sera la preuve que l'Ukraine est capable de former des équipes mondiales dans le secteur des technologies profondes même en temps de guerre. Sinon — la question se pose à toute l'industrie : où former les roboticiens, qui n'existaient pas hier comme spécialité de masse ?