Quand le prix du pétrole augmente, certains comptent leurs pertes. BYD compte ses profits.
Le président du plus grand constructeur chinois de véhicules électriques, Wang Chuanfu, a déclaré lundi lors d'un briefing fermé aux analystes : la hausse rapide des prix du pétrole, provoquée par le conflit au Moyen-Orient, élèvera les ventes à l'étranger de la société cette année « à un autre niveau ». D'après des sources informées citées par Nikkei Asia, Wang a spécialement mentionné l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les Philippines — des marchés où BYD vend désormais en un jour autant de voitures qu'il en vendait auparavant en deux semaines. La prévision officielle de croissance est de 15 %.
La formulation de Wang est révélatrice : « Le remplacement des voitures à essence par des véhicules alimentés par de nouvelles sources d'énergie n'est plus une question de choix, mais une nécessité liée à la sécurité énergétique ». Ce n'est pas de la rhétorique écologique. C'est un argument pragmatique pour l'acheteur qui vient de voir à nouveau l'essence chère à la pompe.
Le mécanisme est simple
Le pétrole cher frappe le portefeuille des conducteurs dans les pays importateurs de carburant. La voiture électrique cesse d'être un gadget tendance et devient soudain une solution économique. BYD, qui maintient l'une des gammes de prix les plus basses parmi les constructeurs de voitures électriques au niveau mondial, se trouve au point idéal de cette demande.
Ce n'est pas la première fois que des secousses géopolitiques accélèrent la transition vers la traction électrique. Après l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, l'Europe a enregistré une forte hausse de l'intérêt pour les voitures électriques, précisément dans le contexte de la crise énergétique — et à l'époque les constructeurs chinois figuraient également parmi les principaux bénéficiaires.
Un sous-texte gênant
L'aveu public d'un dirigeant qu'un conflit armé est commercialement bénéfique est une franchise rare dans le milieu des entreprises. D'ordinaire, ce genre de choses reste dans les présentations internes. Le fait que les propos de Wang aient été connus via des sources de Nikkei Asia, et non par un communiqué officiel, en dit long sur le contexte : il s'agissait d'un entretien avec des analystes, pas d'une conférence de presse.
Cela dit, BYD ne fabrique pas d'armes et ne finance pas les conflits — l'entreprise se contente de vendre des voitures électriques. Mais la logique « nos gains dépendent de la durée de l'instabilité » crée une incitation particulière, rarement formulée à voix haute dans n'importe quel secteur.
Il convient par ailleurs de noter la géographie de la croissance : l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les Philippines — ce n'est pas l'Europe avec ses tarifs protectionnistes sur les véhicules électriques chinois. Ce sont des marchés où BYD peut s'implanter sans obstacles majeurs, pendant que Bruxelles et Washington érigent des barrières douanières.
Si les prix du pétrole restent élevés encore un an, BYD devrait probablement tenir son prévision. La question est ailleurs : les gouvernements des pays qui achètent ces voitures sont-ils prêts à prendre en compte que la dépendance à l'industrie automobile chinoise pourrait s'avérer un problème stratégique aussi important que l'ancienne dépendance au pétrole du Moyen-Orient ?