La Chine fait baisser les prix du pétrole russe — Pékin utilise les sanctions comme levier de négociation

La prime sur le brut ESPO a chuté en raison d'une demande intentionnellement faible des raffineries chinoises. Moscou vend avec des rabais de plus en plus importants — et n'a pour l'instant pas d'alternative.

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Фото: depositphotos.com

Les raffineries chinoises réduisent leurs achats de pétrole russe de type ESPO — et ce n'est pas une simple fluctuation du marché. Selon Reuters, la prime sur l'ESPO par rapport à l'étalon Dubai a chuté à ses niveaux les plus bas des derniers mois : les acheteurs attendent simplement que Moscou accepte un prix inférieur.

Le schéma se répète avec le pétrole iranien. La Chine — pratiquement le seul grand marché pour les deux exportateurs sous sanctions — utilise systématiquement leur isolement comme un instrument de négociation. En l'absence d'acheteurs alternatifs, il suffit de ralentir le rythme des achats pour que le vendeur lui-même propose une réduction.

Ce qui se passe sur le marché

L'ESPO est un type de pétrole transporté par gazoduc transpacifique, qui va presque exclusivement vers les ports chinois. Il y a encore un an, sa prime par rapport à Dubai se maintenait fermement au-dessus de zéro, ce qui témoignait d'une demande concurrentielle réelle. Désormais, selon les traders interrogés par Reuters, les raffineries de la province du Shandong — les soi-disant « ateliers clandestins », des usines indépendantes — ont fortement réduit leurs offres ou se sont complètement retirées des négociations en attente.

Parallèlement, le pétrole iranien, qui arrive en Chine sous diverses « masques » d'origine, se négocie également avec des réductions de plus en plus profondes. Les deux fournisseurs se sont retrouvés dans le même piège structurel : les sanctions les ont coupés des règlements en dollars et de l'assurance, et donc de la plupart des acheteurs mondiaux.

Pour la Russie, ce n'est pas simplement une concession commerciale

Le budget russe a été préparé pour 2024-2025 en supposant un certain niveau de revenus pétroliers. Chaque rabais supplémentaire représente une réduction directe des recettes du trésor fédéral, qui finance la guerre. Le FMI évaluait le prix critique du seuil de rentabilité du budget russe à environ 70 dollars le baril ; le prix réel de réalisation de l'ESPO s'en rapproche dangereusement, compte tenu des réductions et des frais logistiques.

De plus, Moscou n'a aucun levier en retour : il est physiquement impossible de réorienter les flux de gazoduc ESPO vers d'autres marchés sans une refonte infrastructurelle qui prendrait des années.

Pékin joue un jeu à long terme

La Chine ne reconnaît officiellement pas qu'elle coordonne le comportement de ses raffineries. Mais les « ateliers clandestins » du Shandong — suffisamment dépendants de l'infrastructure d'État et de l'environnement réglementaire — pour que leur comportement synchronisé ne semble pas être une simple coïncidence du marché.

Pékin obtient des matières premières bon marché, préserve la neutralité formelle et renforce simultanément la dépendance économique de Moscou. Ce n'est pas une alliance d'égaux — c'est une asymétrie qui s'approfondit à chaque trimestre.

Si la Russie est vraiment forcée de vendre du pétrole en dessous de son seuil de rentabilité budgétaire, la question n'est pas de savoir si le Kremlin supportera cette pression — mais plutôt combien de temps s'écoulera avant que cela n'affecte le financement de l'armée.

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