Lorsque la Suisse a signé un contrat pour le Patriot en 2022, le calendrier semblait habituel : premières livraisons à partir de 2026, intégration progressive. Cependant, en février 2026, le Conseil fédéral a reçu un message différent — un retard de quatre à cinq ans. La raison : la décision de Washington de rediriger les capacités de production vers l'Ukraine et les alliés en première ligne.
Ce n'est pas une exception. Selon GLOBSEC, Berne a même suspendu les paiements suivants pour exercer une pression financière et a découvert que le mécanisme américain FMS (Foreign Military Sales) permet à Washington d'exiger des paiements indépendamment du fait que l'acheteur reçoive le bien. L'argent est payé, les missiles ne sont pas là.
« La capacité de production dépend directement du débit des chaînes d'approvisionnement américaines, qui restent lentes et surchargées »
Meta-Defense, février 2026
Lockheed Martin prévoit d'atteindre un rythme de 650 missiles PAC-3 MSE par an seulement d'ici 2027 — et la file d'attente s'est déjà formée. Le Danemark s'est vu proposer deux systèmes Patriot pour 3,2 milliards de dollars en août 2025, après une demande initiale de 8,5 milliards de dollars. Copenhague a refusé et a signé un contrat pour le SAMP/T NG avec livraison à partir de 2028 — le troisième après la France et l'Italie.
Qu'est-ce que le SAMP/T NG et pourquoi ce choix
Le système a été développé par le consortium Eurosam — coentreprise entre MBDA et Thales. Son radar balaye 350 km d'espace avec une couverture complète à 360° avec une rotation par seconde. Selon Erik Tabakci, conseiller d'Eurosam, c'est un avantage fondamental sur le Patriot, qui fonctionne dans un arc de détection plus étroit. Une batterie transporte 48 missiles Aster 30 dans des lanceurs verticaux.
La pratique en Ukraine a ajouté des arguments : selon Army Recognition, en octobre 2025, près de Vinnytsia, une batterie SAMP/T a détruit trois missiles de croisière en 30 secondes et a rapidement changé de position pour éviter une frappe de drones-kamikaze en retour. Les opérateurs ukrainiens ont noté la résistance du système aux brouillages radioélectroniques.
15 pays — et aucun n'attend volontairement le Patriot
Selon Bloomberg, Eurosam mène des négociations avec le Koweït et la Hongrie, tandis que la Suisse et l'Estonie ont publiquement manifesté leur intérêt. L'Estonie envisage le SAMP/T NG en concurrence avec le Patriot PAC-3 et le David's Sling israélien. Si la Suisse opta pour le SAMP/T, elle deviendrait le cinquième opérateur du système en Europe après la France, l'Italie, l'Ukraine et le Danemark.
- Danemark — a choisi le SAMP/T NG en septembre 2025 après avoir renoncé au Patriot en raison du prix et des délais
- Suisse — évalue le SAMP/T comme plan B après le retard du Patriot de 4 à 5 ans
- Koweït et Hongrie — en négociations directes avec Eurosam
- Estonie — a confirmé publiquement son intérêt, la décision n'a pas été prise
En parallèle, la France promeut le SAMP/T avec la même logique que le Rafale face au F-35 : l'indépendance européenne comme argument marketing à une époque où les alliés ont ressenti le coût réel de la dépendance au FMS américain.
La question n'est pas de savoir si le SAMP/T NG deviendra une norme massive de l'OTAN. La question est de savoir si Eurosam parviendra à déployer sa propre production plus vite que la file d'attente de 15 pays ne se transforme en un embouteillage identique à celui de Lockheed Martin — et alors le seul avantage du système disparaîtra.