Tandis qu’on parle des chiffres — on dissimule les routes
Selon Reuters et la surveillance du trafic maritime de LSEG, en janvier les pétroliers transportant du pétrole russe déclaraient le plus souvent Singapour comme port de destination officiel — environ 1,4 million de tonnes, le volume mensuel le plus élevé des dernières années. À première vue cela peut sembler un détail logistique, mais l’essentiel est que Singapour n’importe officiellement pas de pétrole russe en raison des risques de sanctions — en réalité, les eaux voisines sont utilisées pour le transbordement entre navires ou le pompage vers des stockages flottants.
Ce que rapportent les traders et les données
« Les pétroliers transportant des matières premières en provenance du pays agresseur — la Russie — indiquent de plus en plus souvent Singapour comme port de destination officiel, ce qui signale une réorganisation des flux d’exportation, de l’Inde vers la Chine, et une inquiétude croissante au sujet des sanctions. »
— Reuters (s’appuyant sur des traders et les données de LSEG)
Les traders décrivent deux pratiques clés : le déchargement à proximité de la Malaisie ou le transfèrement des cargaisons vers des stockages flottants, ainsi que l’utilisation de Singapour comme destination provisoire pour masquer les acheteurs finaux. Il s’agit d’un élément d’une chaîne d’approvisionnement « sombre » qui réduit la transparence et complique l’application des mécanismes de sanctions.
Contexte : demande, remises et géopolitique
Dans le sillage de ces manœuvres, des changements importants interviennent dans la demande. Selon les informations, l’Inde réduit ses achats de pétrole russe dans le cadre d’accords avec les États-Unis : le 2 février, le président américain Donald Trump, après des entretiens avec le Premier ministre indien, a annoncé que l’Inde avait accepté de renoncer à l’achat de pétrole russe. Parallèlement, Bloomberg note que la Russie a augmenté les remises sur le pétrole destiné à l’Inde, probablement pour tester le respect de cet accord. Le plus grand acheteur demeure néanmoins la Chine, mais les entreprises publiques chinoises se montrent prudentes sur les livraisons spot en raison des risques de sanctions.
L’effet économique est déjà visible : les recettes pétrolières et gazières de la Russie en janvier ont été réduites de moitié par rapport à janvier 2025, ce qui renforce la motivation de Moscou à chercher des contournements et à ajuster agressivement les conditions commerciales.
Ce que cela signifie pour les sanctions et pour nous
Le transbordement en eaux neutres et l’utilisation de stockages flottants sapent la transparence des échanges et donnent à la Russie le temps et les moyens d’atténuer l’effet des sanctions. Pour l’Ukraine, ce n’est pas une tactique commerciale abstraite, mais un impact direct sur la capacité des partenaires à réduire les flux financiers qui soutiennent l’agression. Les analystes attirent l’attention : sans renforcement du contrôle du trafic maritime, de l’assurance et des flux financiers, les sanctions perdront en efficacité.
Parmi les mesures pratiques proposées par les experts : renforcer la surveillance AIS et les données satellitaires, coordonner la supervision portuaire dans la région, durcir les exigences en matière d’assurance et de financement des transports, et coopérer plus étroitement avec les traders privés et les assureurs pour identifier la « flotte clandestine ».
Conclusion
Il importe désormais de ne pas se borner à consigner des statistiques, mais de les transformer en actions concrètes : du suivi des routes — aux restrictions sur le financement, l’assurance et la couverture des risques. Tant que la Russie ajuste ses canaux de distribution, les partenaires doivent convertir l’analyse en renforcement opérationnel du contrôle. La détermination nécessaire dépendra de la rapidité avec laquelle des mécanismes transparents viendront combler les brèches actuelles.