Le budget de l'État a reçu près de 600 millions de dollars de la Banque mondiale de reconstruction et de développement — 300 millions de dollars sous garantie japonaise et 298,75 millions de dollars sous garanties britanniques. C'est la première tranche du projet SPIRIT d'un volume total de 880 millions de dollars, que le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale a approuvé le 29 mai 2026.
La formulation officielle — « aide sociale aux catégories vulnérables » — cache une histoire bien plus substantielle : l'argent arrive avec une liste de réformes structurelles, sans lesquelles l'Ukraine ne verra pas les tranches suivantes.
Qu'est-ce que c'est vraiment — des allocations ou une réforme du système ?
SPIRIT est conçu pour plus d'1 million d'Ukrainiens — familles à faibles revenus, familles avec enfants, personnes handicapées, personnes âgées et aidants. Mais le projet n'est pas simplement une nouvelle aide directe. Selon les documents de la Banque mondiale, il prévoit trois changements structurels, chacun remettant en question la logique qui existe en Ukraine depuis l'époque soviétique.
- Une allocation de base unique à la place de dizaines de programmes fragmentés — le principe du « guichet unique », où le soutien financier est combiné à des services sociaux et à une aide à l'emploi par le biais d'un système intégré de gestion des dossiers.
- « L'argent suit la personne » — l'État financera non pas les établissements, mais les services spécifiques que la personne choisit auprès de prestataires publics, municipaux ou privés.
- Un nouveau modèle de handicap — abandon de la certification médicale qui fixe le diagnostic et les limitations en faveur d'une évaluation des capacités, des besoins et des possibilités de participation à la vie sociale ; accent sur la réadaptation, les technologies d'assistance et l'emploi.
« Le projet avancera directement l'agenda d'intégration européenne de l'Ukraine en exécutant les exigences critiques d'harmonisation dans la politique sociale, les droits des personnes handicapées et l'inclusion sur le marché du travail »
Communiqué de presse de la Banque mondiale, 29 mai 2026
L'argent est là. Les réformes sont à venir
La structure du financement elle-même est révélatrice : 860 millions de dollars — prêt de la BIRD, plus 20 millions de dollars — cofinancement en dons de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne par le biais du Fonds fiduciaire de soutien à l'Ukraine (URTF). Le Japon a agi en tant que garant du risque de crédit par le mécanisme du Fonds fiduciaire ADVANCE Ukraine.
Autrement dit, le projet implique quatre bailleurs de fonds avec différents instruments juridiques — et chacun d'entre eux a intérêt à ce que les réformes se produisent, et pas seulement à ce que l'argent soit dépensé. C'est un mécanisme de pression intégré, et non une déclaration d'intentions.
Parallèlement, la mise en œuvre incombe au Ministère de la politique sociale — un ministère qui devra être restructuré tout en menant une guerre à grande échelle, gérant les déplacements internes de millions de personnes et un déficit budgétaire.
Question pratique
La réforme de l'évaluation du handicap est le plus sensible des trois volets : elle affecte directement des centaines de milliers de personnes qui reçoivent actuellement un statut et des allocations selon l'ancienne logique médicale. Si le Ministère de la politique sociale lance le nouveau système d'évaluation avant la fin de 2026 — ce sera un véritable indicateur que SPIRIT ne répète pas le sort des programmes « réformateurs » précédents, qui se sont arrêtés au niveau des décrets du Cabinet des ministres.