En bref
Finalement, la décision convenue lors du Conseil européen le 18 décembre 2025 n'a pas été formalisée juridiquement en raison du dernier vote au sein du Conseil de l'UE — la Hongrie a bloqué l'un des trois textes nécessaires au lancement d'un prêt d'un montant total de 90 milliards d'euros pour l'Ukraine. La raison : l'exigence de Budapest de rétablir le transit de pétrole russe vers la Hongrie via l'oléoduc «Droujba».
Ce qui s'est exactement passé
Selon le Financial Times et Politico, les autorités hongroises ont refusé de soutenir les modifications du budget pluriannuel de l'UE (2021–2027), qui constituent la condition technique préalable à l'octroi des fonds. Techniquement, trois actes législatifs ont déjà été adoptés par le Parlement européen, mais pour leur adoption définitive l'accord du Conseil de l'UE est nécessaire — et c'est là que la procédure s'est arrêtée.
"Nous bloquons le prêt de l'UE à l'Ukraine d'un montant de 90 milliards d'euros tant que le transit de pétrole vers la Hongrie via l'oléoduc 'Droujba' ne sera pas rétabli. L'Ukraine fait du chantage à la Hongrie..."
— Péter Szijjártó, ministre des Affaires étrangères de la Hongrie
Pourquoi c'est important pour l'Ukraine — dimension économique et défense
Cette somme n'est pas symbolique : 30 milliards d'euros devaient être alloués en soutien macrofinancier (via l'Ukraine Facility) — sans ces ressources, les risques pour le budget et la solvabilité augmenteraient dès le premier trimestre 2026. Les 60 milliards d'euros restants étaient destinés à l'achat d'armements auprès de fabricants en Ukraine, dans l'UE et dans les pays de l'AELE ; des dérogations étaient prévues pour des besoins urgents si les produits requis n'étaient pas disponibles auprès de ces fournisseurs.
Comment c'est financé et quels sont les risques du mécanisme
Le paquet prévoit des emprunts communs de l'UE sur les marchés de capitaux — sans la participation de la République tchèque, de la Hongrie et de la Slovaquie aux remboursements. Le service de la dette devait être couvert par les budgets annuels de l'UE (environ 1 milliard d'euros en 2027 et approximativement 3 milliards d'euros par an à partir de 2028). Le remboursement du principal par l'Ukraine à long terme était rendu dépendant de l'obtention de réparations de la part de la Russie — un mécanisme qui comporte en soi des incertitudes politiques et juridiques.
"Lors du sommet du Conseil européen en décembre, un accord politique unanime sur l'octroi de 90 milliards d'euros de soutien résolu a été conclu... Nous attendons que tous les États membres respectent cet accord politique."
— Balázs Ujvári, porte-parole de la Commission européenne
Ce que les partenaires peuvent faire et quels scénarios pour l'Ukraine
Plusieurs pistes réalistes existent : exercer une pression diplomatique sur la Hongrie de la part des dirigeants de l'UE, rechercher des compromis techniques (par exemple des garanties concernant les approvisionnements en pétrole) ou adopter des mesures parallèles — lignes de crédit temporaires de la part d'institutions financières internationales et de partenaires bilatéraux. Des démarches politico-juridiques au sein du Conseil de l'UE sont aussi possibles, mais elles demandent du temps et de la volonté politique.
Ce que cela signifie pour le lecteur
Si le paquet est effectivement retardé, il ne s'agit pas seulement d'une affaire de diplomatie : ce sont des fonds pour les salaires, les prestations sociales et les achats de défense. Le risque d'un déficit de paiement en 2026 est réel si aucune source de remplacement rapide ni aide temporaire des partenaires n'est trouvée.
Conclusion
Ceci illustre comment une décision technique au sein des institutions de l'UE se transforme en instrument de politique étrangère. Bruxelles met en avant l'accord des dirigeants, Budapest brandit le levier énergétique — et pour l'Ukraine la tâche est à la fois simple et complexe : transformer le soutien politique en solutions financières opérationnelles. La capacité à convertir les déclarations politiques en contrats signés restera la question clé des semaines à venir.