Ursula von der Leyen s'est rendue à Erevan le 2 juillet — et a apporté des chiffres concrets. Jusqu'à 80% des exportations arméniennes vers l'UE seront exonérées de droits de douane : fruits et légumes frais, boissons, alcools forts. Séparément — 18 millions d'euros pour compléter un paquet d'aide de 52 millions d'euros et une équipe d'experts européens pour développer l'infrastructure d'exportation.
Ce qui se cache derrière ces chiffres
Le contexte — c'est près de six mois de pression systématique. Depuis fin mai 2026, la Russie a progressivement interdit l'importation de tomates, concombres, poivrons, légumes verts, fraises arméniens, puis de cerises, d'abricots, de prunes, de pêches et d'eau minérale gazeuse « Jermuk ». L'explication officielle — violations phytosanitaires. Les analystes considèrent la coïncidence avec la date des élections législatives en Arménie le 7 juin comme non fortuite.
Von der Leyen a qualifié directement les actions de Moscou : « economic coercion » — coercition économique. « Quand la pression s'intensifie sur nos partenaires, l'UE renforce son soutien. Vous pouvez compter sur nous », a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre Nikol Pachinian.
« Cela signifie que 80% du commerce arménien avec nous sera désormais exonéré de droits. Grâce à cela, nous pouvons rediriger les produits, qui dépendaient jusqu'à présent largement du marché russe, vers le marché unique de l'UE avec 450 millions de consommateurs. »
Ursula von der Leyen, déclaration après la réunion avec Pachinian, 2 juillet 2026
Ce qui est resté hors champ
Cette approche présente deux faiblesses évidentes — et on en parle déjà ouvertement.
La première — le cognac. L'eau-de-vie arménienne est l'un des principaux produits d'exportation du pays, mais, selon FT citant des sources à la Commission européenne, elle « a soulevé des questions » lors de la préparation des mesures : la France protège le nom « cognac » comme indication géographique, et promouvoir l'équivalent arménien dans l'UE est complexe sur le plan concurrentiel. En vertu de l'accord CEPA de 2017, les producteurs arméniens doivent abandonner la marque « cognac » d'ici 2043.
La deuxième — la logistique. L'Arménie est un pays sans accès à la mer. Les seules routes vers l'UE passent par la Turquie ou la Géorgie. La livraison de biens périssables par ces corridors reste une limitation substantielle que les avantages tarifaires ne suppriment pas.
Les mesures sont prévues pour deux ans et nécessitent l'approbation de la majorité des États membres de l'UE et du Parlement européen — elles ne sont donc pas encore entrées en vigueur.
Un « bouchon », pas un remplacement
Richard Giragosyan, directeur du Centre régional de recherche et d'analyse à Erevan, dans un commentaire à FT, ne cache pas son scepticisme : les mesures proposées ne seront que « temporaires ou limitées ». « C'est insuffisant pour compenser la domination de la Russie — c'est plutôt un bouchon », cite le média.
L'économiste arménien Tigran Manaseryants va plus loin. Selon lui, au cours de la dernière décennie, le commerce de l'Arménie avec les pays de l'EAEU a augmenté douze fois — un rythme qu'il a qualifié de « remarquable selon les normes internationales ». Une réorientation en deux ans nécessite non seulement des avantages, mais des changements systémiques dans la production et les normes.
La concurrence reste un problème distinct. « Il est difficile d'imaginer une demande importante pour les marques arméniennes dans les pays où les producteurs locaux dominent le marché », a noté Manaseryants, prenant la France comme exemple.
Un gros compte
Selon une analyse du Hague Research Institute, le commerce de l'Arménie avec la Russie et l'EAEU jusqu'en 2024 dépassait 10 milliards de dollars. Après le rapprochement avec l'UE, le commerce bilatéral avec la Russie en 2025 a chuté de près de 50% — à 6,7 milliards de dollars, bien que cela s'explique en partie par la fermeture des circuits de réexportation d'or et de diamants via les Émirats arabes unis.
Pachinian a réussi à obtenir de l'UE un signal symboliquement important à la veille de la formation du nouveau gouvernement. Mais la question reste ouverte : si au cours de ces deux ans de régime en franchise, les exportations arméniennes vers l'UE ne doublent pas au moins — sera-t-elle prête à prolonger les mesures, ou le pragmatisme vaincra-t-il la solidarité ?