Ce que les journalistes ont découvert
Dans une nouvelle enquête Слідство.Інфо a montré : après l'occupation de Marioupol, des entreprises russes y ont exporté du blé et l'ont vendu vers la Turquie et l'Égypte. Une partie de ces livraisons provenait probablement d'installations de production situées dans Marioupol même.
Selon l'enquête, la famille liée à la production de drones — Roman et Liudmyla Гурови — gère deux sociétés : «Робоавіа» (fabrication de drones) et «Ніка» (commerce de céréales). Kiev a déjà imposé des sanctions à «Робоавіа» pour la fabrication du drone «Сарич».
La chaîne d'approvisionnement et une cargaison spécifique
Les journalistes s'appuient sur une source au sein des douanes russes : en 2023, «Ніка» a exporté environ 15 500 t de blé (≈ 3,7 M$), en 2024 les volumes ont augmenté à 59 500 t (≈ 12,9 M$).
L'une des cargaisons en avril 2024 — 7 857 t de blé — a été livrée par le navire Alfa M (sous sanctions ukrainiennes) à la société Erisler Gida Sanayi Ve Ticaret A.S. Dans la déclaration de cargaison, le lieu d'origine est indiqué comme Marioupol, présenté comme une ville russe.
"Presque toute la production agricole que 'Ніка' vend à l'étranger est exportée depuis Marioupol occupé."
— Слідство.Інфо, enquête
Pourquoi cela affecte les chaînes humanitaires
Sur le site de la société Eris Flour Mills, il est indiqué que l'entreprise est fournisseur officiel de produits pour le Programme alimentaire mondial et d'autres agences de l'ONU.
"Fournisseur officiel de produits pour le Programme alimentaire mondial et l'Agence de l'ONU pour l'aide aux réfugiés palestiniens"
— Site Eris Flour Mills
Слідство.Інфо a également découvert que la qualité de la cargaison en question a été testée dans un laboratoire d'Odessa : de Turquie, un échantillon a été envoyé au laboratoire, indiquant que le grain était d'origine russe — le tonnage et la date correspondent à la cargaison de 7 857 t.
Contexte et conséquences
Ce n'est pas un cas isolé. Analystes et enquêteurs constatent une exportation systématique de céréales depuis les territoires ukrainiens temporairement occupés. Pour la Russie et les réseaux d'affaires associés, c'est une source de recettes en devises et un moyen de masquer l'origine des marchandises.
Il y a plusieurs conséquences pour l'Ukraine et les partenaires internationaux : le gain financier pour l'agresseur, le risque d'entamer la confiance dans les chaînes d'aide humanitaire et la nécessité de renforcer les contrôles sur l'origine des produits.
Que faire ensuite
Deux réactions concrètes sont nécessaires : premièrement, les partenaires internationaux et les agences humanitaires doivent mener rapidement un audit des fournisseurs ; deuxièmement, les autorités policières ukrainiennes et internationales doivent retracer les chaînes de livraison et traduire en justice ceux qui ont organisé l'exportation du blé volé.
La balle est maintenant dans le camp des partenaires : vont-ils transformer les déclarations de soutien en instruments concrets de contrôle des chaînes d'approvisionnement ?