Michaël Claesson, chef d'état-major de la défense suédoise, a formulé la menace sans atténuation diplomatique dans un commentaire au The Times : la Russie est d'ores et déjà capable de mener une opération maritime limitée en Baltique — et la cible la plus probable est une île. Non pas pour la conquérir. Pour la tester.
La logique de la « petite provocation »
Selon Claesson, le Kremlin ne croit pas à la victoire dans un affrontement ouvert avec l'OTAN — et cela le retient d'une agression à part entière. Au lieu de cela, Moscou choisit la tactique d'une escalade progressive en dessous du seuil de la guerre ouverte : occuper un petit territoire, déclarer une « démonstration symbolique de force » — et attendre. Si l'Alliance réagit de manière fragmentée ou lente, la Russie obtiendra une réponse à la question clé : à quel point l'article 5 est-il réel.
Claesson souligne que Moscou continuera cette tactique indépendamment de la façon dont se terminera la guerre en Ukraine. Mais la fin des hostilités lui donnera quelque chose de critique — du temps pour se regrouper et des ressources libérées pour les opérations sur le flanc oriental.
Gotland : l'île de vacances avec une géométrie nucléaire
Bien que Claesson n'ait pas nommé d'île spécifique, le contexte stratégique est univoque. Gotland — la plus grande île de Suède — est située à environ 330 kilomètres au nord de Kaliningrad, où est basée la flotte de la Baltique russe. Si on y déploie des systèmes de défense aérienne et des missiles anti-navires, Moscou fermerait effectivement l'espace aérien au-dessus de la majeure partie de la mer Baltique — et couperait la voie maritime vers les pays baltes.
« Cela signifierait la fin de la paix et de la stabilité dans les régions de la mer du Nord et de la Baltique ».
Commandant en chef des forces armées suédoises Michaël Bydén — sur le scénario de la capture de Gotland
La Suède a rétabli une présence militaire permanente sur l'île en 2016, après l'annexion de la Crimée. Après son adhésion à l'OTAN en mars 2024, le rythme s'est accéléré : les brigades de débarquement américaines s'entraînent aux débarquements sur les aérodromes locaux, les unités polonaises et britanniques — aux opérations amphibies. L'île a été équipée de systèmes de missiles antiaériens RBS-15 et le 18e régiment a été réactivé.
Mais il y a un problème. Les analystes de l'Atlantic Council constatent : pour capturer Gotland, la Russie aurait besoin de Kaliningrad de seulement deux groupes tactiques de bataillons de marines — contre un seul groupe de combat suédois sur l'île. Le rapport des forces — de 1,6:1 à 2,1:1. C'est en dessous de la norme classique « 3:1 pour l'offensive », mais suffisant pour une opération avec un élément de surprise.
Trump comme variable
C'est là qu'apparaît le deuxième niveau du scénario. Claesson relie directement le risque de provocation à la rhétorique de Donald Trump concernant la volonté des États-Unis de défendre leurs alliés européens. Le Pentagone, selon le Washington Post, a déjà préparé un mémorandum selon lequel les États-Unis « fourniront probablement peu de soutien substantiel à l'Europe » en cas d'actions militaires russes — le parapluie nucléaire reste en place, mais l'aide conventionnelle — reste en question.
Selon le CEPA, la Russie a prévu pour l'automne 2025 des exercices à grande échelle « Ouest-2025 », qui simulent un conflit complet avec l'OTAN avec des attaques informatiques et des signaux nucléaires. Gotland figure sur les cartes des officiers d'état-major des deux côtés — avec des marquages des zones de guerre électronique le long de la côte suédoise.
Où se trouve la véritable vulnérabilité
Le paradoxe réside dans le fait que la militarisation de Gotland — une réponse correcte — crée un nouveau problème. Plus l'île se transforme en évidence en « porte-avions insubmersible » de l'OTAN, plus les îles voisines — les Åland finlandaises, le Spitzberg norvégien — restent démilitarisées par les traités internationaux. Ce sont elles qui deviennent plus attrayantes comme cibles alternatives pour la « petite provocation ».
- Åland (Finlande) : démilitarisées par le traité de 1921, bien que 58 % des Finlandais soutiennent une présence militaire sur l'archipel.
- Spitzberg (Norvège) : le traité de 1920 interdit le déploiement de bases militaires — la Russie y possède une mine de charbon et quelques centaines de citoyens.
- Gotland : déjà renforcée, mais le renforcement rapide des forces en cas de crise dépend de la logistique via la Baltique — où la Russie renforce activement la suppression de la guerre électronique.
La Suède a fait son choix et renforce Gotland. Mais le scénario de Claesson ne concerne pas une île spécifique. Il s'agit du fait que l'OTAN n'a toujours pas élaboré une procédure unifiée et rapide de réaction aux « petites » violations qui pourraient formellement ne pas déclencher automatiquement l'article 5.
Si avant la fin de 2025, les exercices « Ouest-2025 » montrent la véritable capacité de la Russie à mener des opérations maritimes limitées en Baltique — l'OTAN aura-t-elle le temps de convenir non pas d'une déclaration, mais d'un protocole concret : qu'est-ce qui est considéré comme le seuil d'une réponse collective et qui commande en premier ?