Dans le cadre de la sécurité, pas des émotions
En grande diplomatie, ce ne sont pas les déclarations tonitruantes mais les décisions discrètes à effet pratique qui comptent. Le Premier ministre Donald Tusk a annoncé sur le polygone militaire de Zelenka que, après le retrait de la Convention d'Ottawa, la Pologne pourra poser des mines antipersonnel le long de sa frontière orientale en 48 heures, rapporte dziennik.pl. Il s'agit d'une partie du projet «Bouclier oriental», que Varsovie présente comme une réponse aux menaces en provenance de la Biélorussie et de l'enclave russe de Kaliningrad.
Ce qui a été annoncé
Tusk a déclaré que le pays «en ce moment» se retire de la convention qui interdit l'utilisation, le stockage, la production et le transfert de mines antipersonnel. Des sources officielles précisent : le processus de retrait a commencé précédemment, formellement il requiert six mois — délai qui expirera le 20 février 2026.
«Nous sommes en train d'achever ce projet, qui est crucial pour notre sécurité, pour la sécurité de notre territoire et de nos frontières.»
— Donald Tusk, Premier ministre de Pologne
Pourquoi Varsovie prend cette mesure
La raison est simple du point de vue de la tactique des mines : la Pologne estime la menace à sa frontière suffisamment sérieuse pour lever les restrictions internationales concernant cet armement. Les analystes voient deux logiques concomitantes — la dissuasion et l'augmentation du niveau de préparation. De plus, Reuters a cité le vice-ministre de la Défense Paweł Zalewski, selon lequel Varsovie relancera la production de mines antipersonnel pour la première fois depuis la guerre froide, et n'exclut pas leur exportation, notamment potentiellement vers l'Ukraine.
«Varsovie relancera pour la première fois depuis la guerre froide la production de mines antipersonnel pour les déployer sur sa frontière orientale et, peut‑être, pour les exporter vers l'Ukraine.»
— Paweł Zalewski, vice-ministre de la Défense (interview Reuters)
Contexte : d'autres retraits de la convention
La Pologne n'est pas isolée. En 2025–2026, plusieurs pays européens ont annoncé ou finalisé leur retrait de la Convention d'Ottawa : la Lituanie a adopté une loi, la Finlande est officiellement sortie, et les pays baltes ont informé l'ONU. L'Ukraine a également mis fin à sa participation à la convention en juin 2025 — la motivation officielle du ministère des Affaires étrangères évoquait un changement de la réalité sécuritaire après le début de l'agression à grande échelle de la Russie.
Ce que cela signifie pour l'Ukraine
Premièrement, un effet pratique : une plus grande disponibilité de mines dans la région peut modifier les lignes de défense et les besoins logistiques. Deuxièmement, un signal politique : les pays alliés envisagent de plus en plus le rétablissement de certains moyens de défense comme une nécessité en réponse à l'agression russe. Troisièmement — le risque d'une amplification des conséquences humanitaires : les mines antipersonnel ont des effets durables sur les populations civiles, et cela pose la question du contrôle après la fin des hostilités.
Équilibre diplomatique et défis pratiques
Le retrait des contraintes internationales offre une flexibilité opérationnelle, mais oblige en même temps les États à planifier le déminage et la sécurité post‑conflit. Pour l'Ukraine, cela signifie : d'une part, surveiller les actions des voisins et adapter ses propres protocoles de sécurité ; d'autre part, travailler diplomatiquement avec ses partenaires pour minimiser les risques à long terme pour les civils ; enfin, utiliser cette nouvelle réalité dans ses propres arguments en faveur d'un soutien à sa capacité de défense.
En résumé
La décision de Varsovie n'est pas seulement un ajustement technique de son arsenal. Elle reflète une tendance plus large : les États européens s'ajustent à de nouvelles menaces et déplacent une partie du débat sur l'éthique de la défense vers la sphère de la sécurité pratique. La balle est désormais dans le camp des partenaires : comment cette décision se traduira‑t‑elle en mesures opérationnelles concrètes et sur quelles garanties de protection des civils les pays alliés s'accorderont‑ils ?