Plus de 1 000 Kényans recrutés pour la guerre contre l'Ukraine — comment fonctionne la filière et pourquoi cela compte

Le Parlement kényan et Le Monde évoquent un vaste recrutement via des visas touristiques et des agences de recrutement. Nous décryptons les itinéraires empruntés, les acteurs derrière ce phénomène et ses conséquences pour l'Ukraine et pour l'Afrique.

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Кенія (Ілюстративне фото: Daniel Irungu/EPA)

Ce que l'on sait

Selon le député du parlement kényan Кімані Ічунгвах, qui a travaillé sur un rapport conjoint des services de renseignement et du Bureau des enquêtes criminelles et auquel se réfère Le Monde, à ce jour plus de 1 000 citoyens kényans ont été recrutés et envoyés combattre aux côtés de la Russie dans la guerre contre l'Ukraine. Les estimations précédentes parlaient de quelques centaines — désormais les chiffres sont bien plus élevés, et cela a des conséquences pour la sécurité et la diplomatie dans la région.

« À ce jour, plus de 1000 Kényans ont été recrutés et envoyés combattre dans la guerre russo-ukrainienne »

— Кімані Ічунгвах, député du parlement kényan

Comment le dispositif fonctionnait

Les recruteurs utilisaient des visas touristiques et des itinéraires de transit via Istanbul et Abu Dhabi, et — pour éviter les contrôles — via l'Ouganda, la République démocratique du Congo et l'Afrique du Sud. Certains Kényans se rendaient en Russie directement depuis les pays où ils travaillaient. D'après le rapport, des agences de recrutement à Nairobi engageaient des personnes en promettant un salaire de 920 à 2400 euros par mois, et des liaisons de corruption à l'aéroport ainsi que, selon le parlementaire, des employés d'ambassades étaient utilisées pour assurer les flux.

L'ampleur des pertes et des rapatriements

D'après Ічунгвах : 28 personnes sont portées disparues, 35 se trouvent dans des camps ou sur des bases militaires, 89 sont au front, 39 sont hospitalisées, et 30 ont déjà été rapatriées. Par ailleurs, le renseignement militaire ukrainien (GUR) a signalé un incident : le 31 janvier 2026, dans la région de Donetsk, un mercenaire kényan (né en 1997) a été tué. Ces chiffres montrent non seulement l'ampleur du recrutement, mais aussi de véritables pertes humaines et des risques pour les citoyens kényans.

Réaction des autorités et conséquences internationales

Le gouvernement du Kenya a déjà condamné l'utilisation de ses citoyens comme « chair à canon » ; le ministre des Affaires étrangères Мусалія Мудаваді prévoit de se rendre à Moscou le mois prochain. Une telle mobilisation diplomatique témoigne de la volonté de Nairobi non seulement de rapatrier ses citoyens, mais aussi d'obtenir du partenaire des explications sur les canaux de recrutement. Pour l'Ukraine, c'est une nouvelle illustration de la façon dont la Russie cherche des ressources extérieures pour renforcer son potentiel militaire.

Ce que cela signifie et la suite

Premièrement, le dispositif fait preuve d'une organisation : l'utilisation de visas touristiques, un réseau d'agences de recrutement et des responsables corrompus témoignent d'une approche systémique. Deuxièmement, il s'agit d'un défi informationnel et juridique : le Kenya et ses partenaires internationaux auront des motifs de demander de la transparence aux pays de transit et de tenir les intermédiaires pour responsables. Enfin, pour l'Ukraine, ces cas renforcent les arguments en faveur d'un contrôle des mercenaires et d'un suivi des canaux externes de renforcement des forces adverses.

Il faudra désormais suivre deux éléments : si le Kenya parviendra à obtenir d'une part des explications et le retour de ses citoyens de la part de la Russie, et d'autre part si cela conduira à un renforcement des contrôles sur les itinéraires de transit et à la lutte contre les agences recruteuses. Pour le lecteur, la question est une question de sécurité — non seulement pour l'Ukraine, mais aussi pour les régions d'où proviennent ces flux humains : les mécanismes de visa et de travail seront-ils renforcés pour couper de telles filières ?

Sources : Le Monde (d'après le rapport parlementaire kényan), déclaration du député Кімані Ічунгвах, communiqués publics du GUR concernant des cas de participation de mercenaires.

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