Le 31 janvier 2026, une attaque russe a brièvement isolé les systèmes énergétiques de l'Ukraine et de la Moldavie du reste de l'Europe continentale. Pour les technocrates de Bruxelles, c'était un signal alarmant : les drones de longue portée ne restent plus « quelque part à l'est ».
C'est dans ce contexte que le premier vice-premier ministre — ministre de l'Énergie Denis Schmygal a présenté lors de la réunion du Conseil des ministres de l'UE chargé de l'énergie un concept que l'Ukraine met déjà en œuvre sous les bombardements : un réseau de « cellules énergétiques ».
Trois niveaux, et non un seul système
La nouvelle architecture s'écarte de la logique d'un réseau centralisé unique, où un seul impact peut paralyser en cascade une région. Au lieu de cela — trois niveaux complémentaires :
- La génération nucléaire — la charge de base, qui ne dépend ni du gaz ni de la météo.
- Les capacités de manœuvre, les accumulateurs et la nouvelle génération — aux points où le système a un déficit technique ; ils réagissent à la consommation de pointe et compensent les pertes après les frappes.
- Les clusters énergétiques autonomes (« cellules ») — des micro-réseaux locaux où un hôpital, une station d'épuration ou une chaufferie peuvent fonctionner même lorsque le réseau central est endommagé.
La propriété clé du troisième niveau est le mode îlotage : le cluster se déconnecte du réseau général et alimente l'infrastructure critique de manière autonome, pendant que les lignes se rétablissent.
D'une solution d'urgence à une norme
Il y a encore deux ans, les générateurs mobiles et les modules de cogénération conteneurisés étaient perçus comme des mesures temporaires. L'hiver 2025-2026 a changé cette perspective : selon le rapporte la chaîne 24, les hubs énergétiques ont joué un rôle décisif dans la stabilité du système lors des attaques les plus intenses de la saison.
« Les drones de longue portée peuvent atteindre pratiquement n'importe quelle partie de l'Europe. C'est pourquoi la repenser de l'infrastructure énergétique doit commencer dès maintenant ».
Denis Schmygal, réunion du Conseil des ministres de l'UE chargé de l'énergie, Bruxelles, mars 2026
Selon le magazine New Eastern Europe, la pratique ukrainienne du déploiement de systèmes modulaires en jours plutôt qu'en mois est déjà étudiée dans le cadre de la planification civile de la protection européenne. La Pologne, la Tchéquie et la Slovaquie testent des solutions analogues.
Ce que Bruxelles entendra, et ce qu'elle n'entendra pas
Schmygal a également mentionné une cinquième leçon — l'expansion des importations d'électricité de l'UE jusqu'à 3,5 GW. Ce n'est plus une aide humanitaire, mais une intégration technique : le système ukrainien est synchronisé avec le réseau continental depuis février 2022.
Parallèlement, en janvier 2025, la Rada suprême a adopté la loi n°9381, qui simplifie le raccordement de nouvelles capacités et encourage les investissements décentralisés — le cadre législatif pour l'architecture des « cellules » existe déjà. La question est celle du rythme : la construction de clusters nécessite 20 milliards de dollars de nouveaux investissements dans les énergies renouvelables d'ici 2030, selon les estimations du CSIS.
Si Bruxelles convertit l'enthousiasme pour les « leçons » en garanties d'investissement concrètes pour les projets décentralisés — le modèle ukrainien des « cellules » deviendra la norme de la résilience énergétique compatible avec l'OTAN. Sinon, l'Ukraine la construira seule, simplement plus lentement.