Au moins neuf pétroliers méthaniers qui étaient à l'ancre près du port de Ras Laffan ont disparu des radars de suivi maritime le 11 mai. Selon Bloomberg, le Qatar a ordonné aux navires dans les eaux de son principal terminal d'exportation de désactiver les systèmes d'identification automatique (AIS) — les transpondeurs qui transmettent en temps réel la position, la trajectoire et la cargaison.
La raison officielle est la sécurité. Mais le contexte est plus important que la formulation.
Port sous le feu
Ras Laffan n'est pas simplement un terminal. C'est le plus grand hub de GNL au monde, qui jusqu'au début du conflit assurait environ 20 % du commerce mondial de gaz liquéfié. Selon Al Jazeera, en mars 2026, après les frappes aériennes iraniennes contre Ras Laffan et Messaïed, QatarEnergy a annoncé l'arrêt complet de la production de GNL. Les contrats à terme européens sur le gaz ont bondi de près de 50 %, les asiatiques de 39 %.
« La menace pour la sécurité des approvisionnements est immédiate ».
Simone Tagliapietra, analyste énergétique, Bloomberg
Selon gCaptain, après la frappe contre Ras Laffan, le détroit d'Ormuz s'est pratiquement arrêté pour le trafic de GNL : les pétroliers méthaniers quittant le terminal revenaient en arrière en raison des menaces pour la sécurité. La reprise se fait au coup par coup — Reuters a enregistré seulement le deuxième voyage de GNL qatari à travers le détroit d'Ormuz le 11 mai, et uniquement grâce à des arrangements avec l'Iran et le Pakistan.
Que signifie « transpondeur désactivé »
Le signal AIS est la base du contrôle maritime civil. Il permet aux garde-côtes, aux assureurs et aux marchés de voir en temps réel où se trouve un navire, ce qu'il transporte et où il se dirige. Lorsque le transpondeur est désactivé, le navire devient « sombre » — techniquement invisible pour les systèmes de suivi civils.
- Raison légitime : protection contre le guidage par missile ou drone, qui peut utiliser le signal AIS comme point de repère.
- Effet secondaire : les marchés perdent l'information sur l'état réel de la flotte et les volumes de gaz prêts à être expédiés.
- Précédent : selon les analystes, après le début du conflit, le nombre de navires transmettant des signaux AIS dans le golfe Persique a chuté de 1 065 à 261 en 14 jours.
Ampleur de la vulnérabilité
Comme l'indique l'AIE, 93 % du GNL qatari est transporté par le détroit d'Ormuz. Il n'existe pas de route alternative. Selon Oxford Economics, le PIB du Qatar a fait l'objet d'une révision baissière des prévisions, et l'expansion du Champ du Nord — prévue pour augmenter la capacité de 77 à 142 millions de tonnes par an d'ici 2030 — fait maintenant face à un examen des délais et des hypothèses de sécurité.
Pour l'Europe, qui reçoit 12 à 14 % du GNL du Qatar, la « flotte fantôme » à Ras Laffan n'est pas une mesure technique, mais un indicateur : combien de navires sont réellement prêts à être expédiés et quand le trafic complet reprendra-t-il — personne ne le sait actuellement en dehors du cercle des participants directs.
Si le Qatar continue de mener des négociations sur les voyages ponctuels à travers le détroit d'Ormuz au format « chaque navire — accord séparé », une seule question se pose : le régime du silence radio deviendra-t-il la norme permanente pour toute la flotte — et alors le marché du GNL perdra l'un de ses principaux outils pour évaluer les approvisionnements réels.