En 2026, les actions d'Intel ont augmenté de 90 % — atteignant des niveaux que l'entreprise n'avait pas vus depuis le boom des dotcoms du début des années 2000. Pour une corporation qui, ces dernières années, était surtout associée aux retards, aux licenciements et à la perte de parts de marché, c'est un revirement spectaculaire.
Qu'est-ce qui a changé ? Plusieurs facteurs se sont conjugués simultanément. Premièrement, Intel a obtenu d'importants contrats gouvernementaux dans le cadre du CHIPS Act américain — des subventions pour la construction d'usines sur le territoire américain. Deuxièmement, la nouvelle direction a convaincu les investisseurs que l'entreprise rattrapait enfin son retard technologique vis-à-vis de TSMC et Samsung dans la fabrication de puces selon les processus technologiques les plus avancés. Troisièmement, la demande mondiale de semi-conducteurs — des serveurs pour l'IA à l'électronique automobile — reste structurellement élevée.
Mais derrière ce rallye se cachent des tensions réelles. Intel n'a pas encore prouvé que sa propre production (Intel Foundry Services) peut concurrencer les leaders asiatiques non seulement sur le papier, mais en termes de volumes réels et de qualité. La plupart des analystes, notamment ceux de Bank of America et Bernstein, maintiennent une note prudente : la hausse des actions devance pour l'instant les résultats opérationnels.
Il y a également une dimension géopolitique, importante pour comprendre l'ampleur de l'événement. Les États-Unis font consciemment le pari sur Intel comme outil de réduction de la dépendance vis-à-vis de la production taïwanaise — dans un contexte de tensions constantes autour du détroit de Taïwan. Autrement dit, une partie de la valorisation de l'entreprise aujourd'hui — ce n'est pas les indicateurs commerciaux, mais le pari stratégique de Washington.
Pour le contexte ukrainien, ce n'est pas une abstraction : l'accès aux puces les plus avancées, leur prix et la géographie de leur production influent directement sur le type d'équipements et aux prix auxquels ils arrivent sur les marchés où opèrent l'industrie de défense et l'industrie civile ukrainiennes.
La question qui reste ouverte : si Intel n'atteint pas les indicateurs de production prévus de ses propres puces d'ici la fin 2026 — ce rallye survivra-t-il, ou assisterons-nous à une correction comparable au krach qui a suivi la bulle Internet ?