Ce qui s'est passé
Le 12 février, le président Volodymyr Zelenskyy a signé la décision du Conseil national de sécurité et de défense (RNBO) d'imposer des sanctions contre 91 navires de la soi‑disant flotte fantôme russe. L'information a été publiée sur le site de l'Office du président.
Pourquoi c'est important
Ces pétroliers étaient utilisés pour transporter du pétrole et des produits pétroliers depuis des ports russes — notamment Novorossiïsk, Oust‑Louga et Primorsk — vers des pays tiers, contournant les restrictions de l'UE, du G7 et d'autres partenaires. Pour l'Ukraine, il s'agit d'un coup direct porté aux mécanismes de financement de la machine de guerre de Moscou : la limitation des navires complique la vente et la logistique, et augmente le coût du risque pour les acheteurs et les intermédiaires.
« Les pétroliers de la flotte fantôme sont un instrument clé pour contourner les sanctions sur le pétrole ; leur identification et l'imposition de sanctions à leur encontre doivent donc se faire rapidement et sans exception. Chaque navire de ce type doit être considéré comme un élément du financement de la machine de guerre russe. »
— Владислав Власюк, conseiller du président pour la politique des sanctions
Comment fonctionnait la flotte fantôme
Les navires naviguaient sous pavillon d'environ 20 États. Parmi eux — le Panama, le Liberia, la Barbade, les Îles Marshall, Hong Kong, la Sierra Leone, Tonga, Palau, la Guinée, les Comores, les Bahamas, l'Indonésie, le Malawi, la Guinée‑Bissau, Djibouti, le Guyana, l'Eswatini et d'autres ; le pavillon russe n'apparaissait que sur un seul navire de la liste. Il s'agit d'un ensemble typique de juridictions pour le « reflagage » d'une flotte cherchant à dissimuler les propriétaires finaux et à contourner les restrictions.
Contexte international
Sur les 91 navires, seulement 27 sont déjà sanctionnés par des partenaires — les États‑Unis, le Royaume‑Uni, la Suisse et l'UE. Cela signifie qu'une part importante de la flotte opérait encore dans des interstices entre juridictions où les mécanismes punitifs sont soit inexistants, soit moins stricts.
Il s'agit déjà du deuxième paquet de mesures en deux semaines visant la flotte fantôme. Fin janvier, le RNBO avait coordonné avec l'UE des restrictions contre 10 personnes physiques et six personnes morales liées à la propriété ou à la gestion de pétroliers.
Conséquences et défis
Les sanctions ukrainiennes augmentent les risques réputationnels et opérationnels pour les armateurs et les intermédiaires : l'assurance, les services portuaires et le financement peuvent devenir inaccessibles. Cela réduit les possibilités d'extraction des revenus issus de la vente d'hydrocarbures, ce qui est important pour le financement de l'agression.
Cependant, des défis demeurent : le reflagage, des chaînes de propriété complexes et l'absence de mesures internationales harmonisées permettent à une partie des navires de continuer à opérer. L'efficacité des restrictions dépendra donc de la synchronisation avec les partenaires et du suivi du contrôle réel exercé sur les navires.
Conclusion
Le RNBO a fait un pas supplémentaire vers le blocage complet des mécanismes de contournement des sanctions. La question suivante est de savoir si les partenaires renforceront la pression pour que ces navires perdent effectivement l'accès aux marchés, à l'assurance et aux services portuaires. De cela dépendra la rapidité à laquelle se réduiront les flux de financement qui alimentent la guerre contre l'Ukraine.