1,5 milliard en suspens : l'UE vérifie si la Serbie respecte toujours les règles auxquelles elle a souscrit pour obtenir les fonds

La Commission européenne a ouvertement parlé du gel du financement de la Serbie — formulant pour la première fois cela non pas comme un avertissement, mais comme une vérification active du respect des conditions. Derrière ces chiffres se cachent des déclencheurs concrets : la répression des manifestations étudiantes, la pression exercée sur les tribunaux et l'absence ostentatoire de Vučić au sommet de l'UE en décembre.

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Фото: depositphotos.com

La Commission européenne vérifie si la Serbie continue de respecter les conditions des instruments financiers de l'UE — et le résultat de cette vérification pourrait coûter à Belgrade jusqu'à 1,5 milliard d'euros. C'est ce qu'a annoncé vendredi Politico en citant la commissaire européenne chargée de l'élargissement.

Qu'est-ce qui est exactement vérifié

Il s'agit des fonds dans le cadre du Plan de croissance pour les Balkans occidentaux — un instrument lancé par l'UE en 2024 selon une logique bien précise : l'argent est versé proportionnellement aux réformes. Le paquet global pour la Serbie s'élève à environ 1,6 milliard d'euros, et la majeure partie n'a pas encore été versée.

« Nous sommes de plus en plus préoccupés par ce qui se passe en Serbie — des lois qui sapent l'indépendance de la magistrature à la répression des manifestations et aux ingérences fréquentes dans les médias indépendants ».

Marta Kos, commissaire européenne chargée de l'élargissement, Politico

Les déclencheurs se sont accumulés. En novembre 2024, l'effondrement du toit de la gare ferroviaire de Novi Sad a fait 15 morts — et a provoqué les plus grands mouvements de protestation étudiante de l'histoire contemporaine de la Serbie. Les autorités ont réagi en dispersant les manifestants. En décembre 2025, Vučić n'a pas assisté au sommet de l'UE avec les pays des Balkans occidentaux — un geste que Bruxelles a interprété sans ambiguïté. Parallèlement, la Serbie reste le seul pays candidat qui n'a pas adhéré aux sanctions de l'UE contre la Russie.

La position de Belgrade

L'ambassadeur de la Serbie auprès de l'UE et principal négociateur avec le bloc Daniel Apostolović a déclaré à Politico qu'il était convaincu qu'il n'y aurait pas de gel des fonds et a confirmé l'orientation vers l'adhésion à part entière. Le président Vučić, s'exprimant au sommet d'Euronews en novembre 2025, a contré les critiques par des arguments économiques : la dette représente 43 % du PIB, deux fois moins que la moyenne de l'UE, avec une croissance stable malgré des années de protestations.

Pourquoi ce n'est pas juste une pression symbolique

Les chercheurs de la Société allemande de politique étrangère (DGAP) Milan Nič et Nikola Xaviereff ont constaté dans un mémorandum de 2025 un problème fondamental : en juillet, l'UE avait déjà évoqué la possibilité d'une suspension des versements — mais finalement, l'argent a été transféré. Cette même incohérence, selon les analystes, affaiblit l'efficacité de la conditionnalité. « Bruxelles doit éviter de verser des fonds au moment même où il envisage leur arrêt », indique le document.

  • Les protestations étudiantes après la tragédie de Novi Sad durent depuis plus de sept mois
  • La Serbie est le seul pays candidat à l'UE qui n'a pas soutenu les sanctions contre la Russie
  • NIS, la seule raffinerie de pétrole de Serbie, a été longtemps contrôlée par « Gazprom Neft » et est tombée sous les sanctions américaines
  • L'UE a versé la première tranche des fonds du Plan de croissance en janvier 2026 — une décision que l'on critique déjà comme prématurée

Il est révélateur que, parallèlement, les autorités serbes développent un narratif sur le financement des protestations « de l'étranger » — alors que, selon les données de European Western Balkans, ce sont précisément les structures d'État qui sont les plus grands bénéficiaires du financement étranger de l'UE au cours de la dernière décennie.

Et maintenant

Si la Commission européenne considère que la Serbie ne respecte pas les conditions, l'étape suivante sera une suspension officielle des versements — un précédent qui n'a jamais eu lieu dans le cadre du Plan de croissance. La question est ailleurs : Bruxelles osera-t-elle faire ce pas si, la dernière fois — avec des indicateurs plus mauvais — il a de toute façon transféré les fonds ?

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