Revolut obtient une licence bancaire en France : quels changements pour des millions de clients, dont les Ukrainiens

La licence bancaire française transforme Revolut d'une simple application fintech en une véritable banque pour des dizaines de millions d'Européens — et soulève la question de savoir si les clients en Ukraine obtiendront un tel statut.

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Фото: Revolut / Facebook

Pour un Ukrainien qui a ouvert un compte chez Revolut avant de quitter son pays, puis qui vit maintenant à Paris ou Berlin, la différence entre une « application fintech » et une « banque » était jusqu'à récemment une simple subtilité juridique. Désormais, cette différence devient tangible : l'argent sur le compte RBSA en France bénéficie d'une garantie d'État sur les dépôts, et non plus seulement des règles relatives à la monnaie électronique.

Ce qui s'est exactement passé

Sa structure française Revolut Bank S.A. (RBSA) a fait l'objet d'une évaluation conjointe du régulateur français ACPR et de la Banque centrale européenne, après quoi la décision a été formellement approuvée par les organes directeurs de la BCE. L'entreprise a annoncé cette décision lundi 10 août.

Ce n'est pas un simple changement cosmétique de statut. La licence permet à Revolut de transférer progressivement le service à la clientèle vers sa structure bancaire française — d'abord en France, puis en Allemagne, Irlande, Italie, Portugal et Espagne. Autrement dit, des millions de personnes dans ces pays auront un compte qui est juridiquement un dépôt bancaire, et non simplement un instrument de paiement.

L'ampleur : pourquoi c'est important au-delà de la France

Revolut compte déjà environ 30 millions de clients en Europe occidentale, dont près de 8 millions se sont inscrits au cours de l'année dernière. Au total, l'entreprise fintech dessert plus de 75 millions de clients dans le monde. La structure française complètera la banque Revolut Bank UAB lituanienne existante — les deux opéreront dans le cadre d'un modèle de double pôle sous la surveillance des régulateurs locaux et de la BCE.

Selon Forbes Ukraine, Revolut a embauché environ 300 employés en France et compte 5 millions de clients, ce qui en fait le plus grand marché de l'entreprise dans l'Union européenne. L'entreprise compte sur 10 millions d'utilisateurs d'ici la fin 2026 et vise à doubler ce chiffre d'ici 2030 — autrement dit, le marché français est aussi important pour Revolut que le marché britannique, où l'entreprise est née.

L'argent qui soutient le papier

Parallèlement à sa demande de licence, Revolut s'est engagée à investir plus d'un milliard d'euros en Europe occidentale et à embaucher plus de 600 employés dans la région. En 2027, l'entreprise envisage d'ouvrir un nouveau siège pour l'Europe occidentale à Paris. Cela signifie que la France n'est pas pour Revolut une simple adresse d'enregistrement, mais un centre opérationnel à partir duquel la banque prévoit de développer des hypothèques, des crédits et des produits destinés aux entreprises sur tout le continent.

Tout n'a pas été facile : l'interdiction de la BCE et la correction des erreurs

En été 2025, le Financial Times a rapporté que Revolut avait reçu de la BCE une interdiction de lancer de nouveaux produits en Europe — le régulateur était préoccupé par le rythme trop rapide de mise sur le marché d'instruments financiers sans coordination appropriée des processus. En un an, l'entreprise a réussi à améliorer ses procédures internes et a repris le lancement de nouveaux services, notamment les hypothèques et les comptes pour adolescents. La licence française est en fait une confirmation de ce même régulateur que les réclamations sont closes.

Et l'Ukraine ?

Pour les clients ukrainiens, l'histoire a une dimension distincte. Avant même la guerre à grande échelle, certains Ukrainiens à l'étranger utilisaient les comptes Revolut, mais formellement, cela se déroulait dans une zone juridique grise : la Banque nationale déclarait que cette forme d'activité était illégale car exercer une activité bancaire sur le territoire ukrainien nécessite soit une licence de la Banque nationale, soit le statut de succursale d'une banque étrangère. En été 2025, l'entreprise a accepté de cesser le service direct aux clients ukrainiens dans ce format, tandis qu'en avril, Revolut a lancé l'enregistrement de nouveaux utilisateurs en Ukraine — sans possibilité d'exercer des activités bancaires complètes dans le pays.

Par conséquent, la licence française ne s'applique pas directement au marché ukrainien : elle renforce la présence de Revolut dans l'UE, où vivent et travaillent déjà des millions de réfugiés et de travailleurs migrants ukrainiens, pour lesquels l'entreprise est déjà l'un des principaux outils de la vie financière à l'étranger.

Ce que cela change pour la concurrence

L'obtention de licences bancaires complètes en France et précédemment en Grande-Bretagne confronte les banques traditionnelles à un fait : Revolut n'est plus une application de niche pour les voyages, mais un acteur capable de proposer des hypothèques, des dépôts avec garantie d'État et des produits de crédit à grande échelle. Pour les banques européennes classiques, cela signifie une concurrence directe pour les clients qui ne les choisissaient auparavant que faute d'alternatives offrant l'ensemble complet des services.

La question pour les années à venir est simple : les banques traditionnelles en Espagne, Italie et Portugal pourront-elles proposer quelque chose de compétitif avant que Revolut n'y exporte son modèle français — ou la banque numérique ne capturera-t-elle pas simplement une partie des clients grâce à un lancement plus rapide de produits et à des tarifs plus bas ?

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