11 septembre : un jour, deux vérités sur la mémoire

Alors que les États-Unis observent une minute de silence en hommage aux victimes des attentats, la Catalogne commémore ce même jour sa propre défaite de 1714 — et la transforme en fête identitaire. Des tragédies différentes, une même logique : la douleur devient le point de départ pour une nation.

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11 septembre — une date qui signifie des choses opposées dans différentes parties du monde : pour certains, c'est un jour de deuil pour les morts, pour d'autres — une occasion de célébration nationale. Ce paradoxe mérite d'être examiné de plus près, car il montre comment les sociétés traitent différemment leur passé traumatique.

Quand la tragédie devient un jour national du souvenir

Aux États-Unis, le 11 septembre 2001, des militants d'Al-Qaïda ont détourné quatre avions de ligne, en dirigeant deux vers les tours du Centre mondial du commerce, le troisième vers le Pentagone, et le quatrième s'est écrasé en Pennsylvanie après la résistance des passagers. 2977 personnes ont péri. Chaque année à 8h46 du matin — moment de l'impact du premier avion — un moment de silence retentit dans tout le pays, les drapeaux sont mis en berne, et près du mémorial, les noms de tous les morts sont lus. C'est l'un des rares jours où la société américaine, malgré ses clivages politiques, démontre son unité dans le deuil.

Quand la défaite devient une fête

La Catalogne a choisi un autre modèle pour traiter cette date douloureuse. Sa Fête nationale — la Diada — est fondée sur le souvenir de la chute de Barcelone le 11 septembre 1714, lorsque les troupes de Philippe V de Bourbon ont conquis la ville après un long siège, et que les Catalans ont perdu leurs institutions autonomes et leurs propres constitutions. On pourrait croire que c'est une date classique de catastrophe nationale. Mais aujourd'hui, la Diada est un événement avec des millions de manifestants, des dépôts de fleurs au monument de Rafael Casanova et des cérémonies solennelles en l'honneur de la renaissance de la langue et de la culture catalanes.

La défaite de 1714 a été transformée par les Catalans, non pas en prétexte de revanche, mais en un rappel annuel de l'importance de son propre identité.

L'Éthiopie compte le temps différemment

Tandis que l'Occident commémore les tragédies, l'Éthiopie accueille le Nouvel An le 11 septembre — Enkutatash, qui signifie « cadeau de bijoux ». Selon le calendrier éthiopien, c'est le jour de la fin de la saison des pluies et du retour symbolique de la reine de Saba de Jérusalem. Les maisons sont décorées de marguerites jaunes « Adey Abeba », les familles se réunissent autour d'une table festive — aucune allusion à la peine ou à la mémoire politique, seulement le cycle naturel et la célébration familiale.

Ce que ces trois dates ont en commun

La différence dans la façon dont les sociétés choisissent de traiter le 11 septembre n'est pas le fruit du hasard calendaire, mais un indicateur de conscience historique. Les Américains ont fixé ce jour comme une plaie inguérissable, qu'on ne peut oublier. Les Catalans ont transformé la défaite en ressource pour la lutte politique contemporaine pour l'indépendance. Les Éthiopiens vivent selon leur propre calendrier, où cette date n'intersecte pas du tout avec la tragédie occidentale ou l'histoire européenne.

Pour l'Ukraine, cette question n'est pas abstraite : après 2022, le pays accumule également des dates qui devront un jour être intégrées au calendrier — soit comme jours de deuil, soit comme jours de renaissance. La question est simplement de savoir quel exemple sera le plus proche — le modèle américain de mémoire inguérissable ou la tradition catalane transformant la défaite en point de croissance.

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