Le Groenland dans le collimateur : les États-Unis en ont fait une priorité — qu'est-ce que cela signifie pour l'OTAN et la sécurité européenne

La Maison-Blanche élabore des options pour l'acquisition du Groenland, parmi lesquelles le recours possible aux forces armées. Nous expliquons pourquoi cela dépasse la simple rhétorique — et en quoi une telle politique menace l'unité des alliés.

39
Partager:

Ce qui s'est passé

La porte‑parole de la Maison‑Blanche Керолайн Лівітт a déclaré à ABC News que le président Trump et son équipe envisagent des options pour l'achat du Groenland, et que parmi ces options figure la possibilité d'utiliser les forces armées américaines. Selon The Economist, à Washington on a même discuté de la mécanique d'un accord qui contournerait Copenhague (ledit journal évoque une formule de traité à la manière du COFA).

"Le président Trump a clairement indiqué que l'acquisition du Groenland est une priorité pour la sécurité nationale des États‑Unis..."

— Керолайн Лівітт, porte‑parole de la Maison‑Blanche

Pourquoi c'est important

Le Groenland possède non seulement une importance territoriale dans l'Arctique, mais aussi des installations stratégiques : systèmes satellitaires et radars, bases aériennes (à l'exemple de Thulé), contrôlant les axes d'arrivée des forces aériennes et navales. Pour les États‑Unis, c'est un point de contrôle dans l'Arctique, où l'intérêt de la Russie et de la Chine croît. À Washington, on l'explique de façon pragmatique : le renforcement de la présence dans la région est un instrument de dissuasion.

Position du Danemark et risques pour l'OTAN

Le Copenhague officiel a pris ces déclarations très au sérieux. La Première ministre du Danemark Маргрете Фредеріксен a clairement mis en garde contre les conséquences pour l'alliance en cas d'action militaire ou d'ignorance de la souveraineté.

"Si les États‑Unis attaquent le Groenland, ce sera la fin de l'OTAN."

— Маргрете Фредеріксен, Première ministre du Danemark

Il s'agit d'une réaction nette mais ferme : toute tentative de contourner la souveraineté d'un allié mine la confiance sur laquelle repose la défense collective. Les analystes de The Economist et des experts européens soulignent déjà qu'un précédent de pression sur la souveraineté d'un de ses membres remet en question la capacité de l'OTAN à agir de manière unie en temps de crise.

Scénarios possibles et conséquences

En bref, les options réalistes :

- Diplomatique : négociations avec le Danemark et les autorités autonomes du Groenland, paquets d'investissements et garanties de sécurité — la voie la moins risquée pour les États‑Unis et leurs alliés.

- Juridique/contractuel : création de traités spéciaux (l'analogue COFA mentionné par les médias) pour renforcer la présence militaire sans transfert de souveraineté — un compromis, mais difficile à mettre en œuvre et politiquement sensible pour le Danemark.

- Militaire : démonstration directe de force ou recours aux troupes — le scénario qui aurait les conséquences géopolitiques les plus graves, notamment pour la confiance au sein de l'OTAN et la sécurité européenne.

Ce que cela signifie pour l'Ukraine : la faiblesse de l'alliance à résoudre les différends entre ses membres, ou entre des alliés et les États‑Unis, mine la sécurité collective en Europe. L'Ukraine a intérêt à la stabilité et à la prévisibilité de l'OTAN : tout signe de division ou de comportement sélectif de la part des grands alliés crée des risques sur le long terme.

Conclusion

Les déclarations de la Maison‑Blanche obligent à regarder au‑delà des gros titres : la question du Groenland ne concerne pas seulement des îles dans l'Arctique, mais des précédents de comportement des alliés et des limites de la souveraineté. Le milieu expert s'accorde à dire que ce qui importe maintenant, ce ne sont pas les déclarations tonitruantes, mais des démarches diplomatiques discrètes et juridiquement solides. La question clé pour l'avenir de l'OTAN et la sécurité du continent est de savoir si les États‑Unis et leurs partenaires européens sont prêts à transformer des ambitions géostratégiques en décisions institutionnelles stables.

Actualités du monde