Le 16 juin, le Bureau d'État des enquêtes a publié les résultats d'une opération menée dans l'un des centres territoriaux d'enrôlement et de soutien social de la région d'Odessa. Les objets saisis lors des perquisitions — matraques en caoutchouc, marteaux et autres articles — sont qualifiés par l'enquête comme des instruments de torture, et non comme du matériel de service.
Comment le système fonctionnait
Selon le Bureau d'État des enquêtes, six militaires du centre territorial d'enrôlement agissaient conjointement avec trois représentants d'une organisation communautaire locale qui se chargeaient de la recherche et du transport de citoyens. Des hommes étaient illégalement retenus dans les locaux du centre — sans les fondements juridiques appropriés pour les arrêter. Ils ont subi des violences physiques et psychologiques, et l'enquête a établi des faits individuels de violences sexuelles.
« Au cours des perquisitions, les forces de l'ordre ont saisi des matraques en caoutchouc, des marteaux et d'autres objets utilisés pour exercer une force physique sur les citoyens ».
Bureau d'État des enquêtes, 16 juin
Les neuf suspects ont tous été arrêtés. Des accusations ont été portées selon trois articles du Code criminel : torture (partie 3, article 127), privation illégale de liberté (partie 2, article 146) et vol à main armée commis par un groupe organisé (partie 4, article 186). Le tribunal a ordonné une mesure de prévention — détention en prison sans droit à libération sous caution.
Mobile : les chiffres, pas le serment
Un détail clé relevé par l'enquête : la violence n'a pas été appliquée par cruauté personnelle, mais pour améliorer les indicateurs de mobilisation. Cela transforme le crime d'un excès criminel en un dysfonctionnement systémique — où les métriques deviennent plus importantes que la loi.
L'affaire d'Odessa n'est pas isolée. Selon Informator.ua, en Transcarpathie, le Bureau d'État des enquêtes a ouvert une enquête distincte suite au décès d'un homme âgé de 29 ans qui avait passé deux jours dans un centre de détention provisoire auprès du centre territorial d'enrôlement. L'affaire a été ouverte pour abus de pouvoir par un militaire dans les conditions du droit martial.
333 fois : ce que disent les chiffres
L'ombudsman Dmytro Loubinets cite des statistiques qui illustrent l'ampleur du problème : en 2022, son bureau a reçu 18 plaintes concernant les actions des centres territoriaux d'enrôlement, et en 2025 — déjà 6 127. Une augmentation de 333 fois en trois ans. En 2025 seulement, sur la base des documents de l'ombudsman, 34 procédures pénales ont été ouvertes contre des représentants des centres territoriaux d'enrôlement.
- 28 212 procédures pour violations des règles d'enregistrement militaire ont été ouvertes par les centres eux-mêmes au cours du premier semestre 2025 — contre des citoyens.
- 34 procédures pénales ont été ouvertes contre les employés des centres territoriaux d'enrôlement sur la base des documents de l'ombudsman en 2025.
- Les preuves vidéo des conflits disparaissent souvent en raison de l'absence ou de l'désactivation de caméras corporelles, — note Loubinets.
Loubinets critique également publiquement une pratique qu'il a appelée « busification » — l'arrestation de citoyens sans les pouvoirs légaux appropriés : « La loi ne leur accorde directement pas de tels pouvoirs », — souligne l'ombudsman concernant les arrestations de facto effectuées par les militaires des centres territoriaux d'enrôlement.
Réforme sans mécanisme
Les autorités ont annoncé une vaste réforme du système d'enrôlement — numérisation, « Bureaux de réserve+ », révision des pouvoirs. Mais aucun des plans annoncés publiquement ne prévoit actuellement un mécanisme de contrôle indépendant directement dans les lieux de détention de citoyens. L'affaire d'Odessa l'a montré : le contrôle interne n'a pas fonctionné — le crime a été arrêté par une enquête externe du Bureau d'État des enquêtes.
Si la réforme ne prévoit pas l'enregistrement vidéo obligatoire dans les locaux des centres territoriaux d'enrôlement et un suivi indépendant avec droit d'accès sans préavis — la prochaine « affaire d'Odessa » ne sera qu'une question de temps, et non une exception à la règle.